La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

IIO LA RE\"l.:E SOCIALISTE qualifient d'antireligieux le Yeritablc enseignement irrcligieux gui consisterait, ignorant les dogmes, à ign9rer egalemcnt le concept sur lequel ils reposent tous, A saYoir : l'idée <leDieu. J'insiste là-dessus, non seulement pour prouYcr gue je ne cherche pas une Yaine guerellc sur des mots, mais parce gu'il faut s'expliquer nettement sur ce point fondamental de l'éducation populaire. M. Fouillec se charge d'ailleurs de me documenter. Examinant les résultats de l'education morale dans les écoles primaires Al'étranger, il constate gu'en Angleterre, où l'enseignement moral est si étroitement lie à l'enseignement religieux, l'incroyance se propage dans les villes, menace de gagner les campagnes. Quand le support religieux manquera tout A fait A l'enseignement moral, c'en sera fait de celui-ci, et « l'Angleterre se trouvera alors en presencc des mêmes difficultés que nous i>. Aux États-Unis, « l'enseignement religieux est deja beaucoup moins fecond i>. D'une enquête, faite par M. Flexnerdans la Revue i11/er1rnlio11aldee morale, il résulte que, par l'effet des mam·aises méthodes, « l'ecole religieuse devient la mère féconde de l'indifferencc ». Pour l'Allemagne, c'est bien pis. L'enseignement de la morale est, de par la loi, basé sur l'enseignement confessionnel. L'irréligion croissante des masses populaires ôte toute efficacité A un tel enseignement, dit a\'e_c raison M. Fouillée. Et il nous donne une preuve par les chiffres gui est Yéritablcmcnt frappante. : En Allemagne, les mineurs de douze ù vingt ans forment 29 pour cent ou près des trois dixiémes du nombre des condamnés, alors qu'en France, oü l'école est neutre, la criminalité des mineurs ne donne que.: 18 pour cent, soit moins des deux tiers ùeLt criminalité allemande. Je rcticns ces faits et ces chiffres, et je demande A Ivl. fouillée si l'indifférentisme religieux qu'il constate et dont il note les effets s'arrête à la notion de Dieu. En d'autres termes, croit-il que ceux gui se.:dérobent aux disciplines religieuses conservent la croyance en Dieu? Qu'il pousse une enquète en cc sens dans les milieux populaires, et il s~ra ,•itc édifié. ,hcc leur logique simple et droite, les foules incroyantes ont franchi l'étape du déisme. Elles tranchent souvent par la négation une question devant laquelle s'arrêtent cncore aYec anxiétc les esprits les plus libres. L'idée de Dieu ne peut plus ètrc pour elles un support moral suffisant, parce que po~r ceux qui l'ont con~er\'éc dans leur esprit, clic y est tellement Yague, fluide, fuyante, imprécise, et comme subsidiaire, en tout cas étr:rngèrc aux mobiles de l'activité humaine, qu'il vaudrait certainement mieux qu'elle en fût éliminée tout Afait. Que de fois, car il faut tout dire, n'ai-je.:pas entendu d1.:sgens dire : Le bon dieu, c'est l'argcnt. Cc dicton est courant chez ceux-Li mêmes qui enYoient leurs enfants au catéchisme et ne se croiraient pas mariés s'ils n'avaient point passé par l'église. J'avoue sans détour que ces caracteristigues

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==