La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

I08 LA RE\'ü E SOCIALISTE être connue malgré tous les silences calculés et les habiles seront ch,\tiés. Ce n'est pas la « Ligue de la Patrie française » qui arrêtera le mouYement. En fait, malgré les inten1ions perfides de ses fondateurs et meneurs, elle servira à sa manière la cause de la vérité. Le mensonge ne peut durer que par une sorte de violence physique et d'effervescence bestiale. M. Millevoye annonçant qu'il montera sur une table si Dreyfus revient à Paris et qu'il hurlera un frénétique appel au meurtre est dans la logique de son rôle. Mais les académiciens, si perfides et jésuites qu'ils soient, sont obligés d'avoir l'air au moins de discuter. Ainsi les hurleurs, les antisémites, les nationalistes brutaux sont dessaisis de la direction du mouvement et quand il ne restera plus contre la Yérité que les épigrammes de M. Jules Lemaître, ou même les phrases compactes de M. Brunetière, ce sera bien peu de chose. Déjà la Ligue révélc son incohérence. Elle se compose de trois éléments très dissemblables. Je ne parle pas des fantaisistes comme M. Laffitte qui découvre par ses vulgaires paradoxes tout ce que le positivisme révèle de sottise autoritaire et d'esprit lourdement conservateur. Mais il y a en tête de la Ligue lès fanatiques, les exaspérés, les hommes comme M. Brunetière dont la vanité saigne, les fatigués comme M. Coppée tombés aux bras de l'Eglise. Cc petit état-mafor aigre et clérical voudrait scrYir les desseins de la réaction et découragJr la Cour de Cassation. Derrière eux, il y a un gros de bonnes âmes qui ont pris les doucereuses formules de conciliation dont se couvre la manœuvre rétrograde. Ces braves gens s'imaginent naiment que M. Jules Lemaître et M. de Mun veulent aider, par l'apaisement, a la justice. Enfin, il y a les universitaires comme M. Crouslé qui trouvent que leurs collègues s'agitent trop pour la révision et qui n'ont plus qu'une politique: Allons-nous coucher. Je crois vraiment que cette Ligue ,·cnimeusc et bonasse, violente et fade ne pourra rien. Elle se dissoudra au contact de l'action. Aussi les agitateurs 'de l'état-major ont-ils recours à une autre manœuvrc également désespérée. La déniission de M. Quesnay de Beaurepaire est leur dernier coup. Faune trouYaille ! Ce magistrat flétri est trop méprisé pour que ses manœuvrcs ébranlent la Cour de Cassation, et nous aurons simplement la joie de Yoir M. Rochefort donner à M:dc Beaurepaire le baiser de paix. Il est donc probable que l'œuvre de vérité se poursuivra et aboutira. Mais si, en discréditant et terrorisant la Cour de Cassation, l'état-major arrêtait ou faussait la rhision, croit-il qu'il aurait arraché la vcritè du cœur et des ccryeaux où elle est entrée pour toujours? N'ayant pu trouver une issue légale, il faudrait bien qu'elle troudt une issue réYolutionnaire.

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