RE\TE POLITIQCE IOï reste à celui-ci, même après la déclaration ministérielle, bien des que:1- • tions intéressantes :i poser. Les ministres affirment que cette pil'.:cc n'existe pas, qu'elle n'est pas dans leur dossier. Mais osent-ils affinm:r qu'elle n'a jamais existé? Ont-ils fait, pour s'en assurer, l'enquête nécessaire? M. Delcassé est-il sûr qu'à aucun moment un de ses fonctionnaires n'a examine, au point de nie du protocole, la prétendue lettre de Guillaume? M. de Freycinet a-t-il interroge M. de Boisdeff1c et M. Pauffin de Saint-i\[orel? Cc sont des réponses <.:atégoriques9u'.1ttend k pays. On Yient d'apprendre que M. Maurice Paléologue, directeur politique au scn·ice des affaires étrangères, était conrnqué par l.1 Cour de Cassation pour lui expliquer une inquiétante diffén.:nce de téxte. Une dépêche chiffrée d'un attaché militaire étranger a été traduite par le ministère des affaires étrangeres et cette Yersion n'a rien de compromettant pour Dreyfus; mais les bureaux de la guerre ont introduit au dossier et soumis à la Cour une traduction différente et d'oü paraîtrait résulter une charge contre le condamné. Ainsi, le faux a été pratique d'une manière continue par les bureaux de la guerre : quoi d'étonnant des lors que les criminels aient poussé l'audace jusqu':i fabriquer une prétendue lettre de Guillaume? Seulement cc faux énorme leur a paru, :i la réflexion, peu maniable. Ils ont ,·u que l'ambassade d'Allemagne s'inquiètait des bruits mis en circulation : ils ont gardé pour eux cette pièce trop graYe, et ils lui ont substitué des faux plus utilisables. Ils se bornaient à laisser entreYoir le document mystérieux à quelques dupes plus ou moins ,·olontaires comme Rochefort et MilleYoye. Et demain, quand la Cour de Cassation aura constaté et proclamé l'innocence de Dreyfus, cette campagne sourde recommencera. Voilà pourquoi le parti socialiste rend un serYicc de premier ordre à la France, en exigeant que sur tous les points la lumierc soit faite pendant que l'enqu0te de la Cour de Cassation se poursuit. Sans doute, la Cour demandera aussi à M. Paléologue cc qui s'est passé au moment du faux Henry. M. Ranc, informé de bonne source, affirme que l'ambassade italienne fit prèYenir M. Hanotaux que la pn!- tendue lettre de M. Parùzardi était fausse. Comment le ministère Mcline a-t-il permis qu'il en fût fait usage? Comment n'a-t-il pas immédiatement ouvert une enquête sur les origines de ce faux, sur les mobiles qui l'anient fait commettre? M. Hanotaux a dans toute l'affaire Dreyfus une attitude d'une duplicité déplorable. Il tient un langage diffcrent selon les personnes auxquelles il parle, et maintenant il affecte un silence diplomatique. Il a la naïveté de dire à ses amis : « L'affaire Dreyfus usera ceux qui prennent parti dans un sens ou dans l'autre; il faudra bien ensuite qu'on reYienne aux hommes qui se seront récusés. » Ce n'est pas d'une haute morale, et c'est sans doute d'une médiocre politique. Car la vérité tout entière finira bien par
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