La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

106 LA RE\TE SOCIALISTE f1.:inte. M. de Freycinet a voulu faire un moment « la grosse voix », si j'ose m'exprimer ainsi. Il a déclare ficrcment qu'il ne livrerait cc dossier terrible, intéressant la sùrete de l'Etat, que s'il receYait les garanties les plus positives contre toute indiscrétion. Le parti socialiste a,·ec i\lillcrand, \ïviani, a montré aussitôt comme il serait absurde et coupable de ne pas donner ù la Cour de Cassation tous les éléments de Yérité. Ce serait prolonger l'agitation dans l'obscurité. Et si on exigeait d'elle qu'elle ne montr:'tt p:is le dossier au défenseur de l'accusé, œ ser:iit la rendre complice du crime commis en 189➔. l\1. de freycinet aYait l'air de ne rien entendre, et il offrait son portefeuille. J\lai-squelques jours :iprcs il s'entcmLlit a merveille avec la Cour de Cassation et lui communiquait tout le dossier. l\!ais il av:iit donné à l'année un gage de sa sollicitude et de son patriotisme. Triste comédie dont a nai dire les nationalistes font les frais, mais qui c:iuse aussi un sérieux dommage au pays! On s'habitue et on l'habitue a trembler devant la haute armec, à la considerer tout au moins comme une grande coquette dont il faut menagcr les nerfs. Au lieu de dire simplement: La justice et l'intérêt bien compris de la France veulent que la lumière soit faite, et d'exiger de tous soumission entière :\ cette politique de franchise et de clarté, on biaise, on ruse; et quand on communique le dossier secret, on met un officier en sentinelle dcrriL"rC laquelle <lélibére la Cour. On a l'air de \'Ciller sur ces pauHcs papiers ineptes, sur le détritus de l'imbécillité policicrc et du crime militariste comme sur ces poudres explosi\'es qu'on ne manipule que dans des filets aux mailles subtiles et soyeuses. Quel éclat de rire « libérateur » et vengeur quand toute la \'érite sera connue et comme la haute année ser,l chltiéc par le ridicule! à défaut d'autre clütimcnt. i\lais il ne suffisait pas que le dossier secret fùt communiqué. Il fallait encore que la question du dossier « ultra-secret» ou diplomatique fùt résolue. Le député socialiste du Cher, notre ami Breton, a eu bien raison d'annoncer qu'il interpellerait;\ cc sujet. Comme il le dit, c'est la dernicre équivoque gui doit être dissipée. Il ne faut pa5 qu'aprés l'arrêt de la Cour les nationalistes et antisémites puissent dire: Pardon! Il y aYait un dossier mystérieux et décisif qui n'a pas été vu. Au moment où j'écris, l'interpellation Breton n'a pas encore été discutée. Mais, simplement annoncée, clic a deja eu deux résultats heureux. D'abord, le ministére a déclaré par une note officielle qu'il n'aYait pas une lettre dt: Guillaume à Dreyfus, naie ou fausse, et que tout le dossier aYait cté communiqué à la Cour de Cassation. Ainsi, il est établi l)Ue l'on peut parler de cette prétendue lettre de Guillaume sans cbranler l'État. La Chambre, gui a couvert de misérables huées Paschal Grousset, parce qu'il en parlait librement, n'aura plus le moindre pretextc patriotique pour counir la Yoix de Breton. Or, il

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