La Revue socialiste - 1899 - Tome XXIX- vol 01

100 LA REVUE SOCIALISTE Les éçonomistes préconisent l' abstentio1t, autrement dit le« laisser faire, laisser aller» qui, pour beaucoup d'entre eux, forme la base même de la doctrine. Ils en donnent pour prétexte que la libre concurrence est le meilleur moyen d'exciter l'initiative individuelle et qu'on travaille mieux par intérêt que par devoir. Mais cette libre concurrence n'a pas lieu entre les ouvriers qui sont des salariés, mais entre les patrons qui ne le sont pas. Au contraire, d:ms le systcme de l'intervention, l'instruction intégrale, c'est-à-dire à la fois théorique et pratique, étant donnée plus libéralement, on aura des ouvriers plus capables d'exécuter et des ingénieurs plus capables de diriger, en sorte que la production économique des richesses ne pourra que s'en ressentir avantageusement. J'avais donc raison de dire que le véritable but de !'économisme était de soutenir les capitalistes contre les travailleurs. La doctrine du << laisser faire, laisser aller » doit, au contraire, ttre rejetée par les socialistes ; mais non parce qu'elle nuirait à la production des richesses, mais bien, ce qui n'est pas douteux d'ailleurs, parce qu'elle tend à diminuer la somme de bien-être matériel et moral à laquelle a droit la caste ouvrière. IV Tous les socialistes sont d'accord pour réclamer l'affranchissement du travail. Or, que manque-t-il pour cela aux ouvriers? Des capitaux, y compris les instruments de travail, et une direction. Ils ne peuvent les attendre de l'initiative particulière; mais l'État peut les leur fournir et c'est, pour cela, que les éco1Î.omistes s'opposent tant à l'intervention de l'État, laissant voir ainsi, une fois de plus, que leur but véritable est bien d'as.surer aux capitalistes la plus grande somme de profits possible. Comment l'État pourra-t-il entrer en possession des instruments de travail qu'il ~st appelé à mettre entre les mains des ouvriers? Pas de difficulté pour les usines et les manufactures. S'il ne trouve pas à en acheter de toutes faites, il en fera faire de neuves; elles ne lui coûteront pas beaucoup plus et elles vaudront mieux. Quant à la terre, c'est autre chose, il est impossible d'en créer; mais, par ce temps de crise agricole qui court, on trouvera autant de terres à acheter à bon compte que les travailleurs pourront en réclamer. Les instruments de travail seront affermés, avec faculté d'achat, rnx travailleurs qui pourront ainsi en devenir propriétaires. S'ils ne

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