La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

86 LA REVUE SOCIALISTE échange de son travail? D'abord, tous les jours, en se levant, il s'habille; et il n'a personnellement fait aucune des nombreuses pièces de son vêtement. Or, pour que ces vêtements tout simples qu'ils sont soient à sa disposition, il faut qu'une énorme quantité de travail, d'industrie, de transports, d'inve9tions ingcnieuses, ait été établie. Il faut que des Américains aient produit du coton; des Indiens de l'indigo; des Français de la laine et du lin; des Brésiliens du cuir; que tous ces matériaux aient été transportés en des villes diverses; qu'ils y aient été ouvrés, filés, tissés, teints, etc. Ensuite il déjeune. Pour que le pain qu'il mange lui arrive tous les matins, il faut que les terres aient étc défrichées, closes, labourées, fumées, ensemencées; il faut qu'une certaine sécurité ait régné au milieu d'une innombrable multitude; il faut que le froment ait été récolté, broyé, pétri et prépare; il faut que le fer, l'acier, le bois, la pierre aient été convertis par le travail en instruments de travail; que certains hommes se soient emparés de la force de certains animaux, d'autres du poids d'une chute d'eau, etc.; toutes choses dont chacune prise isolément suppose une masse incalculable de travail mise en jeu, non seulement dans l'espace, mais dans le temps. Cet homme ne passera pas sa journée sans employer un peu ·de sucre, un peu d'huile, sans se servir de quelques ustensiles. Il enverra son fils à l'école pour y recevoir une instruction qui, quoique bornée, n'en suppose pas moins des recherches, des études antérieures, des connaissances dont l'imagination est effrayée. Il sort, il trouve une rue pavée et éclairée .... Si notre artisan entreprend un voyage, il trouve que, pour lui épargner du temps et diminuer sa peine, d'autres ont aplani, nivelé le sol, comblé les vallées, abaissé les montagnes, joint les rives des fleuves, amoindri tous les frottements, placé des véhicules à roues sur des blocs de grès ou des bandes de fer, dompté les chevaux ou la vape~r, etc. Il est impossible de ne pas être frappé de la disproportion, véritablement incommensurable, qui existe entre les satisfactions que cet homme puise darfs la société, et celles qu'il pourrait se donner s'il était réduit à ses propres forces. J'ose dire que, dans une seule journée, il consonÎme des choses qu'il ne pourrait produire luimême en dix siècles. » Son travail profite à tous. Le labeur de tous lui est utile. * * * - Le produit économique rapproche les hommes, leur impose une • ,,. solidarité de jour en jour plus étroite. La production et la circulation des richessses réclament la collaboration d'un nombre d'hommes sans cesse plus élevé. /

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