82 LA REVUE SOCIALISTE les arts qui nous egaient, nous consolent, nous clévent; la philosophie qui débrouille l'énigme de l'univers et de not1:e propre personnalité; comment n'y pas reconnaître un grand patrimoine collectif, dont nous ne sommes que les usufruitiers pour les générations futures? Que pourrait aujourd'hui le plus intelligent, le plus laborieux des hommes, sans l'aide inappréciable de ce vaste capital humain? Et son génie, s'il a du génie, est-il autre chose que la fleur d'un arbre immense dont les racines s'enfoncent au plus profonc;l des âges? Et si une collectivité anonyme et innombrable a fourni ainsi à l'individu les moyens de faire fructifier les talents et les énergies qui sont en lui, il est bien juste que le présent transmette à l'avenir, et transmette agrandi le domaine collectif qu'il a reçu du passé! » Le droit à l'appropriation des sources de la richesse ( de la terre et des instruments de travail) seule la société peut - et doit - le revendiquer. Elle le peut, parce qu'elle est la nourrice de l'Humanité. Elle le doit, parce que en dehors d'elle il- n'y a pas de progrés économique possible. La Terre, en fait, appartient à l'Homme, parce que seul il peut en perfectionner la faune et la flore, en accroître les ressources par la culture, l'industrie, les travaux d'art, etc. Le traYail, voila la source de la puissance de l'Humanité. Le droit à l'occupation du sol et à la jouissance des richesses qui le recouvrent, les genérations passées l'ont acquis au prix d'un labeur opiniâtre et perpétuel. Chaque siécle a fait son œuvre, œuvre collective, œuvre sociale, ., dont les peuples civilisés ont le droit de s'enorgueillir. « Pendant des milliers d'années, dit P. Kropotkine, dans sa Conquête du Pain (1892), des millions d'hommes ont travaillé à éclaircir les futaies, à assécher les marais, à frayer les routes, à endiguer les riviéres. Chaque hectare du sol que nous labourons en Europe a été arrosé des sueurs de plusieurs races; chaque route a tout une histoire de corvée, de travail surhumain, de souffrances du peuple. Chaque lieue de chemin de fer, chaque métre de tunnel ont reçu leur part de sang humain. Les puits des mines portent encore toutes fraîches les entailles faites dans le roc par le bras du piocheur. D'un poteau à l'autre, les galeries souterraines pourraient être marquées d'un tombeau de mineur, enlevé dan~ la force de l'âge par le grisou, l'éboulement ou l'inondation. c< Les cités, reliées entre elles par des ceintures de fer et des lignes de navigation, sont des organismes qui ont vécu des siécles. Creusezen le sol, et vous y trouverez les assises superposées de rues, de I
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