( LE PROBLtME DU PROGRtS maisons, de théâtres, d'arènes, de bâtiments publics. Approfondissezen l'histoire, et vous verrez comment la civilisation de la ville, son industrie, son ·génie, ont lentement grandi et mûri par le concours de tous ses habitants, avant d'être devenus ce qu'ils sont aujourd'hui. Et maintenant encore, la valeur de chaque maison, de chaque usine, de chaque fabrique, de chaque magasin, n'est faite que du labeur accumulé des millions de travailleurs ens~velis sous terre; elle ne se maintient que par l'effort des légions d'hommes qui habitent ce point du globe. Chacun de ces atomes de ce que nous appelons la richesse des nations, n'acquiert sa valeur que par le fait d'être une partie de cet immense tout. Que seraient un dock de Londres ou un grand magasin de Paris i'ils ne se trouvaient situés dans ces grands centres du commerce international? Que seraient nos mines, nos fabriques, nos chantiers et nos voies ferrées, sans les amas de marchandises transportées chaque jour par mer et par terre? « Des millions d'êtres humains ont travaillé à créer cette civilisation dont nous nous glorifions aujourd'hui. D'autres millions, disséminés dans tous les coins du globe; travaillent à la maintenir. Sans eux, il n'en resterait que décombres dans cinquante ans. « Il n'y a pas jusqu'à la pensée, jusqu'à l'invention qui ne soient des faits collectifs, nés du passé et du présent. Des milliers d'inventeurs, connus ou inconnus, morts dans la misère, ont p1:éparé l'invention de chacune de ces machines dans lesquelles l'homme admire son génie. Des milliers d'écrivains, de poètes, de savants, ont travaillé à élaborer le savoir, à dissiper l'erreur, à créer cette atmosphère de pensée scientifique, sans laquelle aucune des merveilles de notre siècle n'eût pu faire son apparition. Mais ces milliers de philosophes, de poètes, de savants et d'inventeurs n'avaient-ils pas été suscités eux aussi par le labeur des siècles passés? N'ont-ils pas été, leur vie durant, nourris et supportés, au physique comme au moral, par des légions de traYailleurs et d'artisans de toute sorte? N'ont-ils pas puisé leur force d'impulsion dans ce qui les entourait? Ces génies sont les enfants de l'industrie aussi bien que de la science. Car il a fallu que des milliers de machines à vapeur transformassent d'année en année, sous les yeux de tous, la chaleur en force dynamique, et cette force en son, en lumière et en électricité, avant que ces intelligences géniales vinssent proclamer l'origine mécanique et l'unité des forces physiques. Et si nous, enfants du dix-neuvième siècle, nous avons enfin compris cette idée, et si nous avons su l'expliquer, c'est encore parce que nous y étions préparés par l'expérience de tous les jours. Les penseurs du siècle passé l'avaient aussi entrevue et énoncée: mais elle resta incompris.parce que le dix-huitième siècle n'avait pas grandi, comme nous, à côté de la machine à vapeur. Chaque machine a la
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