La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

72 LA REVUE SOCIALISTE naturels. L'activité, l'application propre, la valeur personnelle, n'influent guère sur la répartition des fruits du labeur collectif des générations passées ou contemporaines : personne n'oserait sérieusement soutenir que le capital, matcriel ou intellectuel, avec les conséquences de puissance, de considération et de succès qu'implique s'a possession, soit l'attribut nécessaire de certains a\'antages naturels ou que la pauvreté et le dénùment des classes déshéritées soient symptômatiques d'une infériorité logique et méritée. Ce qui demontre irréfutablement que ce n'est pas la nature qui a prédestiné les classes privilégiées au triomphe dans la lutte pour la vie, c'est que, souvent, elle fait naître un grand homme sous le chaume et qu'elle jette un crétin dans un berceau princier. Les forts ne sont pas les forts, les meilleurs ne sont pas les meilleurs, - oï nristoï, comme disaient les Grecs, - parce que la nature l'a voulu ainsi, mais parce qu'ils sont les privilégiés de l'éducation et de la richesse, parce que des combinaisons purement humaines ont drainé à leur profit le bien-être matériel, les moyens de production et d'échange, la suprématie intellectuelle, la puissance politique et la considération sociale. Ce n'est pas d'une selection naturelle, mais bien d'une sélection artificielle que les faibles sont , victimes. <( !l s'en faut que la part échéant a chacun dans la vie soit en raison directe de ses efforts ou de ses mérites. La répartition n'est pas fortuite, ni en conformité des lois générales de la vie : elle dépend, au contraire, d'arrangements arbitraires pris par la libre coopération de l'homme, de fatalités sociales, en un mot, c'est-a-dire d'un enchaînement de circonstances factices et de causes voulues, dans lesquelles le travail, la vertu, la diligence et les capacités de l'individu n'ont joué qu'un rôle secondaire. Certes, il est possible, il est même certain, quand des gens ont, une première fois, réussi à fonder une société avantageuse pour eux, que ceux-ci étaient les plus capables, les plus forts, d'entre leurs contemporains. L'ordre artificiel qu'ils établissaient était symétrique a l'ordre naturel. Mais, il n'en a été ainsi que pour leur génération. L'énergie de leurs descendants, amollie par les facilités de la vie qu'ils leur léguaient, a cessé bientôt d'être a la hauteur des circonstances. Cependant, la machine sociale n'était pas démontée pour cela, et, quoique les ouvriers ne la valussent plus, elle allait, elle allait toujours, animée par la vitesse acquise, pesant de tout son poids sur les générations nouvelles .... « Les plus forts d'une époque ayant tout réglé au profit d'euxmêmes et de leurs progénitures, les nouveaux « meilleurs ))' accablés sous cc faix, ne peuvent percer. Tous les avantages étant accumulés dans un coin, à la disposition de ceux qui, souvent, en sont les moins dignes la concurrence est faussée dès l'abord par ce que M. Agathon

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