La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LE PROBLtME DU PROGRtS La guerre tue les hommes les plus forts, les mieux constitues (1). La prostitution arrache a la vie familiale les femmes les plus propres à la reproJuction de l'espèce. La richesse facilite les plus détestables unions'conjugales. La science est donnée sans profit appréciable aux fils des parasites, etc. Les conséquences du surlabeur et de la pauvreté sont connues. L'excès de travail et l'insuffisance d'alimentation sont des causes de maladies et de mortalité (2). Il faut deux existences de prolétaire pour faire une vie de privilégié. Ce dernier - nous l'ayons établi ailleurs - ne goûte lui-même que la moitié d'une existence normale. Les prêtres, les moines, les soldats, les policiers, les juges, les geôliers, les bourreaux, les criminels, les voleurs, les prostituces, tous les parasites et tous les malfaiteurs sont des fruits de la concur- - rence Yitalc. Il n'est personne qui ne les trouve exécrables. De tout temps les oisifs et leurs valets furent la lèpre du monde. Chaque année, des millions d'hommes, de femmes et d'enfants s'étiolent et meurent pour satisfaire les caprices et les passions d'une poignée de parasites insatiables. De quel droit des hommes prennent-ils la liberté d'asservir leurs semblables? Sont-ils les plus forts? Non. Sont-ils les plus intelligents? Pas davantage. Le hasard de la naissance fait seul iun enfant un prolétaire ou un millionnaire. Le pauHc succombe parce qu'il est pauvre. Le riche triomphe parce qu'il est riche. De supériorité, le vainqueur n'en accuse pas. « Il n'est pas vrai, en effet, que la richesse, l'éducation, le pouvoir, le bien-être, en un mot tous les privilèges et toutes les supériorités quelconques correspondent à des supériorités natives, dit E. Gautier dans son étude sur le Darwi11is11lsl'ocial ( r88o). li n'est pas vrai que les riches et les puissants soient, en réalité, les meilleurs, les plus forts, les plus capables, les mieux équilibrés au triple point de vue physique, intellectuel et moral. Il n'est pas vrai que ces divers avantages soient proportionnés aux forces intrinsèques, à l'énergie organique de chacun, ni même qu'ils résultent de telle ou telle qualité spéciale, produite chez certains individus par le jeu normal des agents (1) Et le suicide? « Les suicidés ne sont, pour l:t plupart, ni des fous, ni des malades. Ce sont des vaincus dans la lutte pour l'existence, les désespérés de nos sociétés. Et leur nombre va en augmentant toujours. Ces malheureux qui s'en vont sont la condamnatio!1 la plus sanglante de la civilisation actuelle, car ~e ne sont ni les plus faibles ni les plus mauvais d'entre nous. " B. Gendre. La Psycbopntbie dam l'bisloire el la socioloiie ( 188r). (2) Voir le Problêmede la Sa11té.Revue Sociaiisfe (n•• 144, du 15 décembre 1896, et 145, du I S janvier 1897).

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