La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

68 LA REVUE SOCIALISTE meurtrières les industries, plus lamentable la misère ouvrière, plus épuisantes les longues journées de travail ( I) ? C'est à leurs fusils perfectionnés et à leur formidable artillerie que les civilisés doivent leurs victoires coloniales. Leur force, leur agilité, leur bravoure, leur résistance à la fatigue n'y sont pour rien. « Il en est de même sur les champs de bataille de l'industrie, dit Lafargue. Lorsque les tisserands à bras disputaient le marché aux tisseurs de la grande industrie, le terrain ne resta pas à l'ouvrier le plus énergique, le plus laborieux, le plus habile, mais'au métier mécanique et ù la force de la vapeur. Quand deux. patrons armés d'un outillage industriel également développe luttent à qui expulsera l'autre du marche, ils se battent sur le dos de leurs ouHiers : à qui mieux mieux, ils diminuent les salaires, prolongent la journée de travail; ils remplacent les hommes par les femmes et les enfants, l'ouvrier habile par le manœm·re. Cette lutte pour l'existence des nations, si elle ne perfectionne ni physiquement ni intellectuellement les deux concurrents, aboutit à la dégénérescence physique et à la dégradation intellectuelle et morale de la classe des salariés. » La lutte pour la vie des capitalistes se traduit en lutte contre la Yie des traYailleurs. Pendant que la richesse et la puissance des premiers augmentent, le bien-être et l'indépendance des seconds diminuent. En haut : liberté, santé et longue Yie. En bas : sen·itude, maladie et mortalite. La force, l'activité, ks connaissances techniques, la probité, toutes les qualités physiques, intellectuelles et morales de l'homme sont de peu d'utilité sur les champs de bataille de la production. Elles sont impuissantes à assurer la victoire du traYailleur sur l'exploiteur. Elles ne peuvent pas davantage faire triompher le petit patron (industriel, agriculteur, commerçant) de ses puissants rivaux: millionnaires, sociétés, trusts, etc. Sur le terrain économique, les hommes ne luttent même plus entre eux. Les instruments de production sont seuls en présence. En effet, un industriel ne s'attaque plus personnellement à un (1) « La machine, triomphe de l'homme sur )es forces naturelles, devient entre les mains des c.1pitalistes l'instrument de l'assen·issement de l'homme à ces mêmes forces, moyen infaillible pour raccourcir le travail quotidien, elle le prolonae entre les mains capitalistes; baguette magique pour augmenter la richesses du proclucteur, elle l'appaunit entre les mains des capitalistes. » K. Marx. Le Capital (1867).

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