La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE rieuscmenr à cette sorte de critique, que je ne puis mieux faire que de le citer: « Quel plus haut idéal, dit Jaurès, que de faire entrer tous les hommes dans la propriété, dans la science, dans la liberté, c'est-à-dire dans la vie? Jusqu'ici l'idéal, timide ou débile, renonçait à façonner toute la substance humaine. Le christianisme exaltait les élus et jetait au gouffre de damnation les multitudes. La Révolution bourgeoise proclamait l'égalité théorique des hommes, mais eJle permettait au privilège de propriété d'asservir une classe à une autre classe. Pour la première fois, depuis l'origine de l'histoire, c'est l'humanité tout entière, en tous ses individus, en tous ses atomes, qui est appelée à la propriété et à la liberté, à la lumière et à la joie. » Voilà l'idéal dont M. Le Bon incrimine la bassesse et contre lequel il invoque les moyens de M. de Galliffet. Son li\"re fera plus de tort à M. Le Bon qu'au socialisme. E. F. Le tribut passionnel, par JEAN BLAIZE(librairie Pion). - C'est l'histoire d'une Phèdre vertueuse, et qui a d'autant plus de mérite à 1'0tre que Thésée est mort et, durant sa vie, n'a point su faire en sorte qu'il fût regretté. Mais Hippolyte est pressant, éloquent. L'amour, plus fort que les conventions, les pousse dans les bras l'un de l'autre. Le remords les saisit et les sépare. Il y a dans ce livre, écrit avec un très noble souci d'art et de pensée, un portrait de vieux prêtre incroyant, raidi dans les gestes de sa profession, qui est d'une magnifique venue. L'abbé de Tréguern voit dans la religion une consolation pour les bons, toujours victimes, et un frein pour les méchants, toujours agresseurs. Isolé sur un roc dt: la rude Bretagne, il imagine le monde tel qu'il le voit en la personne des villageois et des baigneurs qui fréquentent son église. Ce prêtre à la fois saYant et borné, d'intelligence forte et d'horizon rétréci, qui a transmué en bonté active son besoin de foi, est une curieuse figure. Notre époque de transition en produit de telles, et il faut sincèrement fdiciter M. Jean Blaize d'avoir noté celle-ci au passage. La scène où le prêtre, sentant que la folie le gagne et qu'il pourrait laisser échapper le secret de la confession, se résout au suicide, est une fort belle page. E. F. L'Aiouette, par DICK MAY(édition de la Revue Bla11c'1e).- C'est une très simple histoire, très simplement contée. Marthe Méry, licenciée de lettres, prépare son agrégation. Le temps qu'elle ne passe pas à la Bibliothèque, aux cours, à l'étude des matières d'examen, elle Je consacre à écrire. E1le vit seule et laborieuse, dans ce vaste désert humain qu'est Paris, des débris de ce qu'ont possédé ses parents. Ce viatique la mènera jusqu'à l'agrégation. Reçue, elle sera nommée dans un lycée de filles. Mais si elle échouait!... Non, elle n'échouera pas. Elle ne doit pas, elle ne peut pas échouer. Pourtant, elle écrit, comme je vous ai dit, et fort bien, ma foi. Un beau jour elle se décide à envoyer un manuscrit à l'Alouette, une revue de jeunes déjà connus, en passe de conquérir l'opinion. Son manuscrit est accepté. On lui paiera sa copie. On lui

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