La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

REVUE DES LIVRES 759 car il pouvait donner, tandis qu'il y était, la Slavie balkanique à la Russie. Il daigne permettre la vie indépendante aux Grecs et aux Slaves du sud, quand l'Europe n'aura plus besoin de protéger le Sultan. Que cet effort de bonne volonté lui soit compté. E. F. Psychologie du peuple français, par A. FOUILLÉE(chez Félix Alcan). - Ne forçons point notre talent, dit M. Fouillée en terminant son livre. Peut-être, si cette pensée lui était venue plus tôt, ne l'eût-il point écrit. Est-ce à dire que M. Fouillée ait choisi un sujet trop vaste pour sa pensée, pourtant robuste et saine ? Au contraire. Mais c'est encore forcer son talent que l'emprisonner dans un sujet où, quelque effort qu'il fasse, il ne peut apporter aucune lumière nouvelle, pour l'excellente raison que le sujet est suffisamment élucidé. Ce n'est point au moment où, par la pénétration mutuelle activée par mille découvertes scientifiques, acquisitions industrielles, œuvres de littérature et d'art, les peuples s'internationalisent à outrance et, se communiquant leurs caractéristiques, tendent à fixer un type humain général, commun à toutes les nations civilisées, qu'il peut être sérieusement question d'élaborer la psychologie d'un peuple quelconque. J'entends bien que M. Fouillée, en écrivant son livre, a \'Oulu nous prou,·er que l'esprit français n'est pas en dégénérescence, et qu'il subit seulement une crise d'évolution. Il a voulu rassurer les Français, que n'avaient d'ailleurs pas alarmés les déclamations pseudo-scientifiques des détracteurs étrangers et nationaux de la France. Était-ce bien la peine, pour un résultat aussi minime, de faire intervenir les Gaulois, les Romains, les Francs, la dépopulation, l'alcoolisme et les héros nationaux? E.. r. La psychologie du socialisme, par GusTA\'E LE BoN (Félix Alcan, éditeur). - Encore une psychologie des collecti\'ités ! Qui nous délivrera de la collectivité de psychologues qui psychologisent sur les collectivités ! Sans doute, le public, qui, ayant à choisir dans une produc'tion intellectuelle très élevée et très abondante, ne s'attardera pas aux œuvres inutiles ou incomplètement documentées. Comment prendre au sérieux un très gros livre dont la préface contient des phrases comme celle-ci : « Le socialisme, qui rêve de se substituer aux anciennes croyances, ne prcipose qu'un idéal très bas et ne fait appel, pour l'établir, qu'à des sentiments plus bas encore. Avec quel levier cherche-t-il à soulever les âmes, sinon avec les sentiinents d'envie et de haine qu'il a fait naître au sein des multitudes?» Si de,Ja préface nous allons à la conclusion d'.un livre tout entier consacré à la démonstration que le socialisme n'est pas une doctrine mais un é!at mental, nous y trouvons cette phrase que M. Déroulède contresignerait avec joie : cc Sachons nous défendre contre les ennemis qui nous menacent au dedans, en attendant que nous ayons à lutter contre ceux du dehors. » Dans u~ éloquent et substantiel article de la Revue de Pads, paru le . 1er décembre, Jaurès, démontrant l'universalité du socialisme, répond .si victoI

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