LJ\ REVUE SOCIALISTE \ REVUE DES LIVRES La question d'Orient depuis ses ongmes jusqu'à nos jours, par ED0U,\RD DRIAULT (Félix Alcan, éditeur). - « Pendant longtemps, dit M. G. Monod dans la préface du livre de M. Driault, on a restreint le n<?m de question d'Orient aux relations de l'empire ottoman avec les États chrétiens de l'Europe. » Le problème est plus vaste et le terrain de la lutte plus étendue. Telle est la démonstration que fait M. Driault, pour qui l'histoire de la question d'Orient est « proprement l'histoire des progrès des nations voisines au détriment des peuples musulmans ,,. Il ne s'agit pas en effet seulement des peuples des Balkans qui veulent vivre, et des peuples de l'Asie-Mineure qui ne veuient pas mourir, et de l'Égypte habituée à de successifs maîtres étrangers; il s'agit d'une importante fraction de l'Asie et de l'Afrique tout entière. Aux questions de nationalité et de religion s'ajoutent les questions économiques et coloniales, et celles-ci prennent une importance capitale. L'Europe industrielle et commerçante marche à la conquête du marché universel. Les marchés de l'Inde, du Turkestan, de la Perse, de la Chine, seront-ils anglais ou russes? La France conservera+elle sa clientèle du Levant? Après avoir appelé l'Égypte à la vie cconomique, la France en sera-t-elle expulsée par l' Angleterre? Le continent noir, amené de sauvagerie en barbarie par l'islamisme, sera-t-il comme l'Asie le champ de bataille des convoitises européennes? L'islamisme, détruit comme puissance politique, sera-t-il encore un élément social appréciable, et quelles seront, dans l'affirmative, sa parttet sa zone d'influence? L'empire ottoman, dont les gouvernements européens prolongent l'existence artificielle, faute de pouvoir s'entendre sur le partage, verra-t-il naître sur ses ruines des jeunes et vigoureuses nationalités qui s'agitent en ce moment et s'imprègnent hfitivement de la culture européenne pour être un jour à la hauteur de la mission qu'elles se sont donnée? Telles sont les questions que se pose M. Driault, en prenant pour instrument de son enquête l'histoire du passé et l'histoire du présent. Les deux grandes puissances musulmanes, conclut M. Driault, sont la France et la Russie. Leur alliance s'impose pour limiter l'envahissement anglais. La Russie renonce à la conquête de Constantinople et voit dans l'Asie un champ d'action incomparablement plus étendu. De son côté, la France peut conquérir l'Afrique, où, la première, elle a mis le pied par 1'Algérie et le Sénégal. Elles pourront se rejoindre, sans se heurter, en Chine, par le prolongement des possessi9>nsrusses du Nord et françaises du Sud. Voilà le rêve de Napoléon, repris par M. Hanotaux. Il sera beaucoup pardonné à M. Driault, \
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