LA REVUE SOCIALISTE « véritable être, l'être typique, physiologiquement incomplet en chacun d'eux, résulte de l'union de deux individus semblables a certains égards et différents à d'autres égards. Séparés, ils ne sont que des organismes mutilés, stériles, destinés à disparaître sans rien laisser de soi ; mais ils forment un tout durable : l'homme réel, enfin, se reproduisant lui-même indéfiniment, se perpétue dans la série des générations successives : car l'enfant, c'est le père et la mère perpétués sous la double forme correspondante au type physiologique complet ». C'est donc par « l'enfant », c'est-à-dire par « les enfants >> que se complète la famille. Puisque l'être complet, c'est le père et la mère, ils sont donc naturellement égaux dans leurs fonctions distinctes établies par la nature propre de chacun d'eux. « Ils sont autres par les différences qu'impliquent ces fonctions différentes, dit Lamennais, mais de là m résulte aucune prééminence, aucu11esupéi-io1·ité qui affecte l'essencede l'i11divid11, la personne morale ... Nous le répétons, le père et la mère, c'est l'homme un, l'homme complet. Or l'unité conclut (exclut) radicalement l'inégalité». Lamennais avoue que« l'égoïsme, les passions \·icieuses, le mépris ou l'oubli du droit et du devoir, engendrent trop souvent la tyrannie dans la famille, aussi bien que dans l'État ». Mais ici comme là, tyrannie est une transgression de l'ordre. Par conséquent, elle n'est pas l'état normal, elle ne détruit pas les lois éternelles auxquelles on a le devoir de restituer leur empire. « La famille, dit encore Lamennais, se fonde par l'union volontaire de l'homme et de la femme, qui se donnent librement l'un à l'autre pour se compléter mutuellement; et la liberté réciproque dans l'acte qui les unit est une condition nécessaire du lien, nul ne pouvant être lié à autrui contre sa volonté, ou sans sa volontc, puisque le lien même se résout dans une volonté unique. » Par conséquent, la monogamie est l'état parfait, puisque seule elle réalise « l'unité physiologique», condition de« l'unité spirituelle>). Puisque l'unité de la famille est le résultat de l'obsen·ation des « lois organiques » et des « lois morales >) et que de cette unité se conclut rigoureusement la « perpétuité » de la famille, le lien une fois formé Yolontairement ne peut plus se dissoudre par un acte de volonté. Si l'on réclame l'abolition du lien de mariage, « pourquoi alors ne réclame-t-on pas l'abolition de la paternité et de la maternité? >) Voilà, :fidèlemen,t résumée, la conception de Lamennais sur le caractère humain et social de la famille. On en saisit tout de suite le caractère hautement idéaliste et l'on conçoit immédiatement qu'il exprime un désir plutôt qu'il ne formule une loi applicable au temps présent. Il nous en aYertit d'ailleurs implicitement en ces termes : « li est à remarquer qu'en cd'mbattant la perpétuité du mariage, on se
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