La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

ï 5-+ LA RHUE SOCIALISTE comme tous les penseurs français, - un sociologue plutôt qu'un philosophe. M. Chr. Maréchal a donc pleinement raison quand, justifiant la pensée de Lamennais, il en définit les phases d'évolution : << 1° Réunion des pouvoirs spirituel et temporel dans le prince ( c'est la phase très courte qui préddc l'ouvrage sur la Trndilio11de l'Eglise. De 1808 à 18q, il évolue de gallicanisme en ultramontanisme). 2° Indt'.:pendancc n'.:ciproque des pou\'oirs. 3° Subordination du pouvoir temporel au pournir spirituel. (Entre le peuple et le prince, car celui-ci peut être un tyran, il place- le pape, qui Yeillc ù l'exécution de la loi, protcge le peuple et au besoin le délie du devoir d'obéissance). 4° Suppression du pouvoir temporel, remplace par une sociétt'.:temporelle libre sous l'hégémonie du pouvoir spirituel. 5° Théorie des deux sociétés spirituelle et temporelle ». Il se conçoit, quand on s'est bien rappel<'.:ainsi quelle fut la préoccupation maîtresse de Lamennais, que !'Esquisse d'1111ephilosiipbie est bien plutôt une application ou un essai d'application de la philosophie :1l'art des sociétt'.:s. Aussi M. Chr. Maréchal n'a-t-il pas moins raison quand il affirme que Lamennais a voulu poser << les hases d'une religion sociale >J. « L'ensemble de son œuvre », ajoutet-il, est domine par cette idt'.:c: « que les effets bons ou mauvais d'une institution dt'.:ri\·ant naturellement <le ses causes, on n'aura rien fait pour cette institution menact'.:etant que, se bornant à en montrer l'utilité, on ne l'aura pas rattachée <l'un lien indissoluble à l'ensemble de la Crt'.:ation,en en montrant les origines métaphysiques, et par suite l.1 nécessité >1. Cette idée est développée dans le chapitre premier dt1 fragment inédit que public la Rcuue de métnphysiqurel de 111ornlc. Le progrès de l'homme se manifeste par la découverte constante des lois de la création. Tout ce qui se fait en dehors ou contre ce mom•ement est œuvrc v.iinc ou rétrograde. << C'est pourquoi, dit Lamennais, des qu'on veut appliqucr ces doctrines, ces principes erronés aux faits terrestres, on est obligé de recourir a des volontés arbitraires <le- Dieu pour en justifier les conséquences (par exemple, ajoute-t-il en note, l'établissement des castes dans l'antiquité, les législations théocratiques, etc.), et à son intervention immédiate pour renouer la chaîne du droit même qu'on a établi et qui se rompt à chaque instant. >J Scion Lamennais, Dieu nous a placés dans le monde avec la mission,.dc le découvrir et de le perfectionner en nous perfectionnant nous-mêmes. 'e faisons pas attention aux mots et 'allons droit au sens profond qu'ils recouvrent, et nous acquerrons la certitude que cette affirmation de Lamennais est absolument identique aux plus récent-es acquisitions de l'esprit humain sur cc point essen1tel. C'est bien par une plus exacte connais-

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