HEV L:E POLITIQUE 749 procés tout seul comme une intrigue; qu'au moment du procés il n'était question que du bordereau et que le capitaine Lebrun-Renaud, au lendemain de la dégradation, n'a fait aucune mention des prétendus_ aveux de Dreyfus devant le président du conseil. Je l'avoue : je ne suis pas tenté. d'être trop shére pour M. Poincaré. Mème aujourd'hui, même après tant de luttes et de révélations, il y aYait encore quelque_ péril, c'est-à-dire quelque mérite, :i parler. M. Poincaré risquait d'écarter de lui, au Palais, quelques sympathies; et de plus, dans lc département frontière qu'il représente, et où l'esprit militaire est particulièrement fort, il s'exposait it quelque malentendu. Il est visible que depuis quelque temps dejà il supportait impatiemment son silence et il se fùt sans doute libéré enfin même si le péril était resté aussi grand qu'au premier jour. Et pourtant, quelle tristesse! Et comme M. Poincaré lui-même doit sentir amèrement combien son action est tardive ! Quoi! depuis quatre ans on accumule mensonges sur mensonges pour ameuter contre un innocent la passion publique! Et les ministres qui , en 1894 ont su la Yérité, qui peuvent arrêter ce déchaînement de légendes meurtrières et permettre à la conscience nationale de se ressaisir, gardent le silence! M. CaYaignac, dans un discours retentissant affiché sur toutes !_esmurailles de France, démontre la prétendue culpabilitt'.: de Dreyfus par les prétendus aveux, et M. Poincaré, qui connaît un fait grave de nature à ébranler singulièrement cet argument des aveux, laisse dire ! Bien mieux : il Yote l'affichage du discours de M. Cavaignac! ·Quel drame! Pendant que M. Cavaignac parlait, deux hommes : M. Méline et M. Poincaré,· étaient à leur banc de députés. Et M. Méline savait que la fameuse pièce où Dreyfus était nommé était un faux. JvLPoincaré savait que le récit des a:-;eux était suspect et fragile. Et ni l'un ni l'autre ne s'est levé. A quel i1iveau était donc descendue b conscience des dirigeants! Au mois de juin dernier, j'ai raconté à Toulon cc que m'avait dit M. Dupuy au sujet des aveux, à la Cour d'assises, pendant le procés Zola. M. Dupuy ne m'opposa qu'un semblant de démenti. M. Poincaré assistait à notre conversation et je fus sur le point d'invoquer son témoignage. Mais je me dis : A quoi bon ? S'il n'éprouve pas le besoin d'intervenir, s'il ne témoigne pas spontanément par cc qu'il sait la vérité, il se dérobera sans doute en quelque parole équivoque. Attendons. J'ai bien fait d'attendre, pi.1isque la déclaration de M. Poincaré, quoique tardive, a eu, dans les conditions où clic s'est produite, bien plus de retentissement et d'efficacité. Mais quand on voit que, durant quatre a1inées, MM. Barthou, Dupuy, Poincaré, ont dissimulé ce qu'ils savaient, quand on voit qu'ils ont laissé ceux qui disaient avant eux la vérité exposés sans secours :\ tous les outrages et à toutes les_violences, quand on constate ainsi la formidable pression de mensonge-qui s'cxer_çait sur les consciences, comment peut-on
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==