La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

REVUE POLITIQUE 747 le charme de ses reflets mobiles et inceIJains? Cette épre~1ve décisive et dernière ne le grandira pas. On pouvait supposer que dans sa longue retraite il s'était en quelque sorte replié sur les hauteurs de son propre esprit; et que, s'il rentrait dans l'action, il saurait l'élever à une idée supérieure pour marquer au dessus des petits intérêts et des combinaisons subalternes le niveau définitif de sa vie. li n'en est rien: il recommence le jeu subtil mais médi~cre d~es années les plus plates, et il y a moins de grâce et d'attrait dans sa subtilité. M. Charles Dupuy, lui, a tenté de se rajeunir. Il disait, il y a quelque temps, à un de nos amis:« Les événements m'ont mis un masque de réacteur : je le sais et j'en ai souffert. » On a pu croire, un moment, au ton de sa déclaration qu'il secouerait ce masque. Mais il n'a pas tardé A reprendre la politique de réaction en faisant le jeu du pouvoir / militaire. et il apparaît de plus en plus qu'il n'est et ne peut être que -réactionnaire. Cet ancien professeur de philosophie n'a aucune étendue d'esprit : il a une seule,qualitè, la décision : et sa force vient de ce qu'il semble se résoudre a\'ec aisance et spontanéité:.. Mais quand un homme n'a pas de Yastes idées générales et des vues d'avenir, cette brusquerie d'action est presque nécessairement au service du passé. Seules,· les forces de conservation et de résistance sont organisées et toutes prêtes : seules elles permettent l'aide rapide à ceux qui n'ont pas assez de puissance intçllectuelle pour susciter et grouper en vue de l'action les forces disséminées et latentes de l'aYcnir. La politique de M. Dupuy n'est qu'une série de réflexes vigoureux et élémentaires : niais comme seules les forces du passé peuvent aYoir ces rcactions instinctives, il est, par sa - • nature même, l'homme d'Etat des brutalités rétrogrades. Ainsi, pour arracher le colonel Picquart à la haine meurtricre des criminels d'étatmajor, il aurait fallu animer toute l'institution militaire d'un esprit nouveau et lutter contre l'oligarchie jésuitique maîtresse à la rue Saint- • Dominique. Il aurait fallu se tracer tout un plan de bataille a longue portée et d'action à longue échéance et organiser peu a peu autour du / pouvoir républicain les forces éparses de la démocratie. Les brusques détentes de l'esprit robuste et court de M. Dupuy ne suffisent pas a cette politique : il est plus simple et plus commode d'opposer brutalement la séparation des pouYoirs et, sous cc prétexte, de laisser tout leur jeu aux grandes forces réactionnaires et au hasard des évènements. En fait ·et au fond,~ M. Dupuy est réactionnaire, c'est que la politi.que de réaction est plus facile : elle est la seule qui permette aux médiocres des allures dèc.idees et des apparences de volonté. C'est parce que M. Dupuy, malgré certaine rouerie native, est un mécanisme intellectuel rudimentaire et simple, qu'il est incapable de la politique de démocratie et de progrès, qui est aujourd'hui extrêmement complexe :

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