La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE choses à la nationalisation complète des moyens de production, c'està-dire précisément à la mesure qu'il aurait voulu éviter. Et cette mesure, il devrait la prendre dans les conditions les plus critiques, puisqu'il lui faudrait parer au commencement de désordre qui se serait produit et résoudre sans délai, au courant de la plume, les problèmes les plus graves! Au lieu de s'exposer à ces dangereuses complications, le parti socialiste doit donc se mettre en mesure d'appliquer son programme en bloc et dans un trés court délai aprés sa prise de possession du pouvoir. Le pourra-t-il? L'œune, nous l'avons dit, est immense. Il s'agit de refaire toutes nos lois, de réglementer dans tout leur détail la production et la répartition et de créer un personnel administratif capable d'assurer le bon fonctionnement des nouveaux services. Jamais depuis que l'humanité existe, nul législateur, nul homme d'État, nulle assemblée délibérante ne s'est trouvé aux prises ayec une tâche aussi colossale. La difficulté n'est pas insurmontable, pourtant, grâce à la simplification apportée par le collectivisme dans l'organisme social. Mais il faut beaucoup de temps et une bonne méthode. Il est impossible de compter, pour accomplir ce travail, sur l'Assemblée constituante qui aura proclamé le nouveau régime: les lenteurs inhérentes au parlementarisme, si accéléré que devienne son fonctionnement, et au travail lui-même, retarderaient de plusieurs années la promulgation des lois d'affranchissement. Que deviendrait le pays pendant ce temps? Le capital, comme nous l'avons expliqué plus haut, ferait gréve et désorganiserait tout. La misére serait générale et amènerait très rapidement une rcaction sanglante. Il faut donc, pour que le régime socialiste puisse être fondé, qu'il soit substitué à la sociétc actuelle dés le lendemain de la prise de possession du pouvoir, et pour cela, il faut que ses institutio11soient préparées d'avrwce. Cette conclusion est absolue; personne ne l'avait formulée avant nous, parce que personne n'avait pénétré aussi avant dans la voie de l'application; mais nous espérons qu'elle frappera ~os amis et qu'ils en reconnaîtront la justesse. Le but étant bien déterminé, le parti socialiste devra, pour l'atteindre vite et sûrement, travailler parallèlement à sa propagande et a l'élaboration de ses institutions. Du coté de la propag~nde, nous n'avons pas grand'chose à dire; sur ce point nos amis sont passés maîtres. Ils pourront faire mieux encore à l'avenir en s'appuyant sur le coté concret du collectivisme, que nous avons traité dans cette étude, et qui sera plus facilement saisi par la masse que les abstractions doctrinales. Cela leur permettra de

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