La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

L'APPLICATION DU SYST~~Œ COLLECTIVISTE Nous avons montré ce que le parti soeialiste doit éviter aYant son arrivée au pouvoir .. Avant de parler-de ce qu'il doit faire, nous allons, par la même méthode d'élimination, déterminer la ligne de conduite qu'il devra suiv.re après la conquête du pouvoir. Devra-t-il appliquer son programme d'un seul coup ou par étapes successives? Il semble que la question ne se pose pas et qu'au jugement des gens sensés la deuxième solution paraisse seule pratique. Nous allons cependant démontrer que c'est elle qui est matériellement inexécutable et que, par conséquent, c'est la première qui s'impose. Faisons un essai loyal de la méthode des étapes successives. Il est bien entendu qu'on ne débutera pas par l'impôt sur le revenu, la séparation des Églises et de l'État et autres pseudo-réformes empruntées au prograrnme radical : on ouvrira le feu sur la société bourgeoise en nationalisant la Banque de France, les chemins de fer, les mines: Voila qui est fait. Et ensuite? Ensuite c'est l'arrêt ou le collectivisme complet. On abordera donc le collectivisme. Mais alors on s'apercevra que la difficulté est restée aussi grande qu'avant ces réformes partielles pour lesquelles nous aurons gaspillé en pure perte nos forces et notre temps. Elles ne nous auront nullement facilité l'entrée de la bastille capitaliste. Allons-nous donc entreprendre la nationalisation des moyens de production p_ar fragments, un jour la métallurgie, le lendemain les tissages, etc., pour continuer par les autres industries, le commerce, divisé lui-même en séries graduées, l'agriculture ? Nous disons qu'une telle méthode n'est pas de la prudence, mais de la folie. Le capitalisme est un système; le collectivisme en est un également. Tous les deux peuvent servir de base a une société ; mais est-il possible de concevoir un système mixte, dans lequel fonctionneraient côte a côte des organes empruntés aux deux autres ? Un moment de rèfleûon démontre l'impossibilité de cette combinaison. Croit-on que t le capital, dépossédé d'une partie de son domaine, se prêterait tranquillement a l'exploitation du reste ? Se voyant condamné en principe, refoulé tous les jours un peu plus, il serait assez bon prince pour continuer a prêter son concours a son implacable ennemi jusqu'à sa suppression complète? Quelle plaisanterie ! Le capital, du jour de la première atteinte portée a sa prépondérance séculaire, émigrerait en masse, laissant la production en suspens. Les usines se fermeraient, le commerce s'arrêterait, et pour éviter que le corps social s'en aille en lambeaux, lè gouverp.ement devrait improviser une organisation capable de remplacer le capital. Il serait donc acculé par la force des /

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==