702 LA REVUE SOCIALISTE Le capital est sensible et craintif à l'exces. Chaque fois qu'une loi est votée en faveur des ouvriers, il s'éloigne un peu plus des entreprises industrielles. Or, ce n'est pas seulement le taux de la journée qu'il faut considérer dans le salaire d'un ouvrier; c'est aussi le nombre de journées de travail effectif. C'est le produit de ces deux facteurs qui donne son salaire annuel. Chaque fois qu'on inquiète le capital, on diminue la somme du travail et on restreint par conséquent les ressources de l'ouvrier. Sous le régime actuel, on ne peut pas se passer du capital. Il serait donc de bonne politique de le rassurer au lieu de l'effrayer, et par cons~quent de s'abstenir de voter des lois qui l'irritent sans profiter réellement aux travailleurs. Mais n'y aurait-il pas, dira-t-on, des réformes qui, sans avoir un caractère inquiétant pour le capital, pourraient apporter un mieux sensible à la situation présente ? Hélas non! La mesure constamment réclamée par les radicaux, l'impôt sur le revenu, auquel on travaille depuis tant d'années, sans que la question ait fait un pas, ne se traduirait, si elle était réalisée, que par des dégrèvements insignifiants sur les budgets ouvriers. Et d'ailleurs, il est admis par les économistes que les impôts, quelle que soit leur assiette, s'incorporent au prix des choses qu'ils augmentent, de sorte qu'en dernière analyse ils sont supportés par les consommateurs. Le bénéfice que retirerait la classe ouvrière de cette réforme serait donc non seulement minime, mais illusoire. Il en serait de même, a fortiori, de la suppression des sinécures, des gros traitements, du budget des cultes. Tout cela réuni ne mettrait pas par an cent sous de plus dans la poche d'un ouvrier. De quelque côté donc qu'on se tourne, on ne voit rien de véritablement utile dans toutes ·ces réformes qui farcissent les programmes électoraux. Le parti socialiste ne saurait s'attarder à la poursuite de ces chiméres et se laisser détourner par elles de sa haute et glorieuse mission historique. Devons-nous, tout au moins, sans nous illusionner sur les eflets de notre campagne, nous joindre aux radicaux pour réclamer ces réformes en attendant mieux, en faire des moyens d'agitation et de groupement? Cette tactique présente de graves inconvénients : à force d'insister sur les réformes radicales et semi-socialistes, nous finirions par faire croire aux masses qu'elles ont quelque efficacité et par les détourner de la vérité qui est dans le.programme socialiste pur. De plus si, avec le concours des radicaux, nous arrachions au Parlement quelque gros morceau comme l'impôt sur le revenu, le.bruit que nous aurions fait pour l'obtenir autoriserait les électeurs à en attendre de grands résultats. Leur déception serait vive et nous perdrions leur confiance.
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