La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

L'APPLICATION DU SYSTÈME COLLECTIVISTE 701 Il faut donc reconnaître qu'aucune réforme n'est possible tant que subsistera le régime capitaliste. , Mais nous allons pousser plus loin noy-e analyse et démontrer que si des réforme_s-étaient possibles, il faudrait se dispenser de les poursuivre. Loin de nous cependant la pensée de chercher le remède dans l'excès du mal et de vouloir entretenir les souffrances du prolétariat pour le pousser mieux à la révolte. Nous 'sommes simplement convaincu que toutes les réformes qu'on pourrait tenter, en dehors de la socialisation des moyens de production, n'amélioreraient en rien la s·tuation douloureuse de la classe ouvrière, si même elles n'allaient pas jusiju'à l'empirer. Expliquons-nous: Notre malheureuse société est un amalgame si compliqué de contradictions et de vices constitutionnels incurables, que le bien qu'on peut apporter dans certaines parties de son organisme fait naître aussitôt un mal aù moins équivalent. Les phénomènes sociaux, toujours si complexes, à raison de leurs répercussions, connues ou inconnues, le sont particulièrement dans une société anarchique comme la nôtre, et Bastiat avait raison quand il signalait en chacun d'eux ce qu'on voit et ce qu'on 11e voit pas. Exemple : une législation libérale facilite aux ouvriers l'exercice . du droit de grèYc. Ceux d'une usine quelconque cessent le traYail et imposent à leur patron une augmentation de salaire; q'où amélioration de leur sort. C'est ce qu'on voit. Mais le patron.) forcé de céder, va se trouver en état d'infériorité par rapport à des concurrents français ou étrangers; peu à peu sa clientèle diminuera; il re1werra progressivement ses ouvriers et finira par fermer tout à fait son usine. C'est ce qu'on ne voit pas, - ou du moins qu'on voit trop tard. On va dire que nous poussons tout au pire et qu'une augmentation de salaire n'entraîne pa,s forcément la ruine d'un patron. C'est vrai; en tout cas elle restreint ses profits, qui peuvent disparaître totalement au cas où les ouvriers, encouragés par le succès de leur première grève, en feraient une seconde. Or, si les profits n'avaient pas diminué, si l'éventualité de grèves désastreuses ne menaçait pas le capital, d'autres usines se seraiept fondées dans la même industrie; la demande de main-d'œuvre aurait fait hausser les salaires, et de plus, un travail abondant et ininterrompu aurait donné quelque aisance aux ouvriers. Mais aucun capitaliste ne serait assez imprudent pour aventurer ses • - fonds dans une entreprise devenue aléatoire; aucune nouvelle usine n'est créée, et le travail diminuant dans l'usine atteinte par la grève, la surabondanc·e de l'offre de main-d'œuvre ramène rapid~ment les salaires à leur niveau ancien.

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