La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

700 LA REVUE SOCIALISTE Tout d'abord n'est-il pas chimérique de compter sur des réformes avant notre arrivée au pouvoir? Aucune personne sensée ne peut avoir conservé d'illusions sur l'aptitude rcformatrice du régime parlementaire. On ne doit en attendre, après l'expérience de œs quinze dernières années, qu'agitation confuse, scandales, intrigues, avortement. La suppression du Sénat pourrait améliorer la situation; mais le Sénat ne se laissera pas supprimer par persuasion et il ne faut pas oublier que toute révision constitutionnelle est subordonnée au consentement préalable des deux Chambres délibérant séparément. Les socialistes justifieraient donc bien mal leur prétention d'être pratiques en se laissant en~aîner dans une campagne sans issue contre l'assemblée du Luxembourg. On peut nous faire observer que l'ctat des esprits se modifiera; que la Chambre deYiendra plus résolue; que le Sénat lui-même se laissera pénétrer par l'esprit de réformes. C'est possible et même probable. Aussi ne disons-nous pas que toute tentative de progrcs partiel échouera complctement ; nous disons qu'il faudrait dépenser une somme d'efforts incroyables pour obtenir d'infimes résultats. D'ailleurs quand nos rcfractaires scnateurs commenceront à sentir l'influence du courant socialiste, notre cause sera gagnée deYant le pays et il faudra songer alors, non à de timides essais inspirés par le programme radical, mais à une application radicale de notre programme. Il ne faudrait pas conclure de ce qui préccde que nous considérons le Sénat comme la forteresse inexpugnable du capital, ni que nous ayons la patience d'attendre qu'il soit devenu socialiste pour commencer notre œuvre de transformation. Nous sommes certain, au contraire, qu'il peut être ren\'ersé par une puissante poussée de l'opinion. Le Sénat sentira fl.cchir sa force de résistance lorsque le pays aura manifesté d'une façon imposante sa volonté de se donner des institutions socialistes; il ne désarmerait pas devant un conflit vulgaire portant sur une question isolée. L'impuissance réformatrice de la République bourgeoise tient d'ailleurs à une autre cause qu'à la résistance des assemblées législatiYes; clic tient à la nature même du régime capitaliste. L'État actuel, en effet, ne dispose pas des ressources infinies de la production nationale rationnellement organisée. Une très faible partie de la production, déjà restreinte, lui revient sous forme d'impôts, et la masse du produit des impôts est absorbée d'avance par les dépenses courantes. Il n'y a à peu près aucune élasticité dans les budgets, et cependant il est presque impossible d'augmenter les impôts qui pèsent surtout sur les travailleurs. Or, toute amélioration à la situation des classes pauvres se traduit par une dépense nouvelle, et on se trouve arrêté par cette question : ou prendre l'argent?

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