La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

L'APPLICATION DU SYSTÈME COLLECTIVISTE partiteurs; il s'agirait de chai:iger de fond en comble la mentalité du pays, la manière de vivre de chacun. Et il ne faudrait pas compter sur le temps pour résoudre les problèmes ardus qui se dresseraient deYant le gouvernemen.r socialiste : en présence du déchaînement des espérances, des craintes èt des fureurs, nul arrêt ne serait possible; ajourner serait échouer et échouer serait périr. Ces redoutables hentualités ne sont pas pour nous faire reculer ni hésiter; mais elles doivent nous rendre prudents. Les difficultés qui nous attendent après la conquête du pouYoir nous imposent des mesures préparatoires faute desquelles notre victoire pourrait bien ne pas avoir de lendemain. Quelles sont ces me~ures? C'est ce que nous allons rechercher. Écartons d'abord, pour n'avoir plus à y revenir, toute idée préméditée d'un recours à la violence. Non seulement l'effusion du sang est contraire à notre but pacifique et fraternel, mais nous savons fort bien qu'une insurrection Yictorieuse qui nous livrerait par surprise le gouvernement ne nous donnerait pas nne force morale suffisante pour accomplir, contre la volonté de la majorité du suffrage universel, notre transformation sociale. Nous voulons donc amener à nous par notre propagande le plus grand nombre des électeurs, et si, lorsque nous aurons pour nous la légalité, le capital vaincu se réfugie dans la Yiolence et nous oblige à lui résister sur ce terrain, ce ne sera pas nous qui en porterons la responsabilité devant l'histoire. Notre opinion n'est pas isolée : tous les socialistes conscients répudient l'emploi de la force; les nihilistes russes eux-mêmes déclarent que leurs coups de main ont eu un but purement politique et que la révolution sociale ne peut être accomplie par une insurrection. Tout le monde étant d'accord, nous n'insistons pas. C'est donc par les armes légales que le socialisme s'emparera du pouvoir. 1fais il reste à déterminer quelle marche il devra suivre pour y arriver. Voudra-t-on, en attendant, s'efforcer de réaliser, par une entente avec les groupes radicaux, le plus d'améliorations de détail possibles? Voudra-t-on au contraire se désintéresser des travaux parlementaires, tout en se servant de la tribune pour les besoins de la propagande, et ne rien entreprendre jusqu'au jour de la conquête du pouvoir? A ce moment appliquera-t-on le programme collectiviste en bloc ou par fragments successifs ? Telles sont les diverses lignes de conduite entre lesquelles il semble que le parti socialiste ait a choisir. Nous dirons : il semble, car on n'a réeilement le choix entre plusieurs moyens que lorsque tous sont possibles et efficaces. Or un examen attentif de la situation f va circonscrire considêrableinent notre champ d'action.

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