La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE Personne ne pense qu'elle se fera d'elle-même, sans être aidée par l'intervention humaine; l'activité, l'ardeur admirables déployées par les socialistes dans leur propagande montrent assez qu'ils ne sont pas des fatalistes. Il n'y a entre eux aucune divergence à cet égard : sans distinction d'école, tous sont pour l'action. Vers quel but immédiat doit C:tredirigée cette action? Là encore il y a unanimité : c'est \'ers la conquête du pouvoir politique. Rien n'est plus logique, puisque la possession de cc pouvoir peut seule permettre au socialisme d'accomplir la transformation économique attendue. La première question qui se pose est donc celle-ci : quels moyens faut-il employer pour s'emparer du pouvoir? La détermination de ces moyens est subordonnée à plusieurs ordres de considération, dont l'un des plus importants se résume ainsi: quel usage compte-t-on faire du pouvoir quand on l'aura conquis? S'emparer du pouvoir est rclatiYcment facile pour un parti qui s'appuie sur l'é\'Olutioo naturelle; mais c'est aprés la conquête que commence l'crc des difficultés. Il ne faut pas confondre la ré\'Olution sociale avec une révolution politique : celle-ci se réduit à quelques modifications constitutionnelles, à quelques diminutions ou extensions des libertés publiques, à quelques changements dans le personnel. La révolution. sociale au contraire, outre les réformes qui préccdent, doit remplacer de fond en comble toutes les lois, réglements, institutions sur lesquels reposent la vie civile, industrielle, commerciale, les rapports sociaux sous toutes leurs formes. L'une n'agite un pays que superficiellement; elle passe presque inaperçue dans les couches profondes de la population, ou tout ~u moins elle y est accueillie avec indifférence. L'autre apporte avec elle une perturbation complète. Cela est bien évident et est rendu particulièrement sensible par notre exposé détaillé de l'organisation socialiste. Une transformation sociale apparaît donc comme une œuvre aussi complexe qu'une transformation politique est simple. Et cependant cette dernière est loin d'être facîlc à accomplir : c'est un fait notoire que, faute d'un personnel gouvernemental et administratif capable de remplacer celui de l'Empire, le parti républicain, aprés le 4 septembre, a dû laisser pendant plusieurs années la direction de la République aux mains des anciens partis. Et depuis qu'il l'a reprise il s'est montré absolument hors d'état d'appliquer son programme; il a dû se borner à coller son étiquette sur le flacon sans en améliorer le contenu. On peut juger par là des écueils qui pourraient faire sombrer la transformation sociale aYant qu'elle ait pu porter ses fruits; il s'agirait de pourvoir non au remplacement de quelques fonctionnaires, mais à la direction et à l'administration de tous les services producteurs et ré-

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