La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

L'APPLICATION OU SYSTÈME COLLECTIVISTE Voila les objections; nous allons les résoudre d'une façon bien inattendue : par la liberté absolue laissée aux citoyens de posséder tous les outils et machines qu'ils pourront acheter, et d'en faire l'usage qui leur conviendra, de se faire même bâtir des usines sur leurs plans et de les exploiter!.:. Hâtons-nous de dire que personne n'usera de cette liberté, car toute chance d'en retirer un profit quelconque sera supprimée par l'organisation au milieu de laquelle la production individuelle aurait à se \ mouvoir. En effet, la liberté des importations sera limitée à celle des objets entièrement fabriqués et ne s'étehdra pas aux matières premières, ni à celles ayant subi un com.mencement de travail, comme les pièces d'étoffe. C'est donc dans les magasins généraux seulement que les industriels privés pourront trouver leur matière première. Or, on la leur vendra presque aussi cher que l'objet enticrement fabriqué; ils ne pourront donc jamais vendre cet objet aussi bon marché que l'État. L'industrie privée, libre en droit, sera donc impossible en fait, ou restreinte à des cas minimes et exceptionnels; l'organisation sociale de la production n'en sera pas troubléei On nous reprochera de faire étalage de libertés imaginaires a peu prés annulées en réalité. Tous ne nous piquons pas d'assurer, dans la société collectiviste le fonctionnement du commerce et de l'industrie privés dans les conditions où ils existent actuellement, puisque ce serait la négation même de notre systcme. Nous nous sommes préoccupé seulement de ne pas inscrire à chaque ligne de nos codes: « Il est défendu de faire telle chose sous telle peine. )> Nous croyons que la législation par excellence est celle qui n'a jamais à défendre ni à punir, parce qu'elle parvient à empêcher tout ce qui est nuisible. Nous voulons assurer à tous les citoyens la tranquillité de leur existence, de leur intérieur,,ne pas les tracasser par des mesures inquisitoriales; nous ne voulons pas tomber dans des subtilités ridicules pour arriver a distinguer l'outil simple de la machine-outil, l'usage personnel de l'usage extérieur. C'est pourquoi nous trouvons plus simple et plus rationnel de tout permettre, sûr de limiter l'abus par l'intérêt. Nous faisons ainsi tomber toutes les critiques et nous restons fidèles à notre programme libéral. Le commerce privé, libre également, sera étroitement limité par la possibilité du profit, qu'il s'agisse d'objets de fabrication nationale ou étrangère. Le seul point sur lequel il faudra maintenir une interdiction absolue, au nom de l'hygiène et de la sûreté publique, est la fabrication, l'importation et le commerce des produits alimentaires, 1 pharmaceutiques et dangereux. Dans la société future on aura même le droit de se faire bâtir une

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