La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

L'ACCORD POUR LA \'JE DANS LES SOCIÉTÉS ANIMALES 679 nécessité de concourir à servir ses intérêts. Mais l'association ne tourne pas tout entière au profit du maître. Le maître ne reçoit pas de services san~ en rendre à son tour quelques-uns, pas plus que le despote le plus intolérable ne s'affranchit de toute obligation à l'égard de ses sujets et ne prétend jamais ne pas être utile à la communauté. Le maître nourrit au moins le domestique ou l'esclave, le soigne même dans certaines circonstauces, s'il est intéressé à ce qu'il vive. Il y a donc au moins p1ofit partiel pour le domestique ou l'esclave, et l'accord, d'abord imposé par la force, la ruse, etc., finit, sous l'influence de l'habitude, de l'hérédité, et sous l'empire de la conscience acquise de n'avoir pas perdu tout a...-antage, par être tacitement consenti. Le mutualisme constitue un genre de société fondé sur un accord plus libre et supérieur en conséquence à celle qui a pour base la domestication. Malgré les intérêts réciproques qui les rassemblent (reconnaissons que cette réciprocité n'est pas toujours perceptible, mais les cas parfois cités ne sont pas ~es cas de mutualit~), les individus d'espèces différentes groupés en un même lieu n'exercent au- .cune contrainte les uns à l'égard des autres et chacun d'eux peut se séparer, s'il le veut, de ses compagnons. Par exemple, les oiseaux qui, dans le cas cité précédemment, serYent d'avertisseurs aux troupeaux de taureaux sauvages et qui trouYent à se nourrir dans leurs déjections sont évidemment. unis à eux par le profit qu'ils ont à les suivre ; mais il n'est besoin d'aucune contrainte pour former cette association qui peut être à tout instant rompue. Il y a même, dans certains cas, un commencement d'organisation et une sorte de délégation de l'autorité, comme celle que les barges exercent sur les oiseaux plus petits avec lesquels ils se réunissent en troupe sur le riYage. (V. Espinas, op. cit., p. 173-174.) Il y a donc bien dans l'animalité, sinon des sociétés complètement organisées entre espèces animales différentes, du moins des ébauches de sociétés hétérogènes où l'indépendance des associés dans l'accord pour vivre va croissant du parasitisme à la mutualité, c'est-à-dire avec la réciprocité dans les services acceptés et rendus. C. ·FACES. (A suivre).

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==