La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

r.'ACCORD POC'! LA VIE DANS LES SOCIÉTÉS ANIMALES 675 beaux se réunissent comme en vertu d'une délibération préalable pour attaquer un agneau qu'ils ne pourraient capturer seuls et qu'ils dévorent ensuite en commun sans se disputer sur la part de butin qui revient à chacun d'eux t r). Enfin, beaucoup d'oiseaux qui viYent dispersés dans le jour se réunissent le soir comme à un signal convenu et chantent jusqu'au·moment de s'endormir. Le matin aussi, à la lisière des bois, les oiseaux non carnivores des alentours d'un lieu s'appellent, s'attroupent pour saluer en chœur l'aurore. (Espinas, op. cit., p. 466-467.) Les espèces de rongeurs, de rumiriants, etc., nous fournissent une abondance de faits semblables. Il est en outre à 1:emarquer que, chez les animaux supérieurs, les mâles se voient déléguer des fonctions supérieures. Ils guident, protègent et défendent la troupe, font à tour de rôle sentinelle, quand elle paît ou repose. Inutile d'énumérer les innombrables cas que présentent les agglomérations temporaires des antilopes, des rennes, des boYidés de toute espèce, des éléphants, des singes, etc. Les carnivores eux-mêmes, qui, à cause des difficultés de l'exis~nce, sont obligés de Yivre séparés, s'entendent, se réunissent pour une expédition difficile. Les loups forment meute pour réduire le cheval ou le bœuf, envelopper les troupeaux de renn-es et les pousser aux précipices ou ils dévoreront leurs cadanes. (Girod, op. cit., p. 39.) - Ils simulent même une attaque pour attirer à l'écart bergers et chiens pendant que d'autres loups de la même bande fondent sur le troupeau, livré par cette fausse manœuvre. (Ibid.) Il nous reste à étudier la nature de l'accord pour la vie dans les agrégats volontaires permanents ou peuplades durables. La sympathie, déterminée par le plaisir qu'éprouve tout être vivant d'ayoir présents autour de lui des êtres semblables à lui et transformée ensuite en besoin, l'intérêt,. éveillé par la représentation de services réciproques, sont bien, comme l'a montré.. M. Espinas, de? ressorts de ces associations. Mais ces considérations ne suffisent pas à expliquer la pei:- manence de l'organisation de certaines peuplades. L'acceptation de rôles divers scrupuleusement remplis par les différentes catégories d'individus réunis en troupeau suppose une délibération suivie d'un accord réfléchi et convenu, au moins ultérieurement, sinon en principe, puisqu'il persiste en général et que les réfractaires sorit punis par leurs associés comme en vertu d'un pacte tacite. La grue, par exemple, réunie à ses semblables, pose des sentinelles qui ont à veiller au salut commun (2); a-t-elle été dérangée d'un endroit, elle y envoie des éclaireurs avant d'y retourner. En Afrique, lorsqu'elles eurent connu (1) Les hirondelles se réunissent en bandes pour obliger l'épervier qui leur donne la chasse à rentrer sous bois. Girod a vu six fauvettes poursuivant de leurs cris de 1 ux grandes couleuvres et les obligeant à s'éloigner par leur vacarme. (Op. cit., p. 42.) (2) Ainsi font les corneilles, les freux et les perroquets. (Girod, op. cit., p. 55-63.) - ' /

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