La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

6ï2 LA REVUE SOCIALISTE entre les membres associés J'un accord, dans certains cas imposé, dans d'autres cas Yolontaire. La conscience, et par suite la Yolonté, joue un rôle de plus en plus important dans le concours qui caractérise les sociétés de relation, dont la peuplade est chez les animaux l'image la plus complète. « Vivre, dit M. Espinas (op. cil., p. 458-460), c'est d'abord se nourrir et se perpétuer comme espèce .... Quand l'être viYant atteint un haut degré d'organisation, il est en rapport a\·cc des circonstances trop diverses pour que son existence ne soit pas entravée de mille obstacles et assaillie de mille périls. Les deux fonctions psychologiques essentielles se trouvent dés lors soumises au dé\'eloppcment de l'activité psychique et la vie de relation prend le pas d'une manière de plus en plus décidée sur les besoins qu'elle a été d'abord appelée à satisfaire. C'est ainsi que nous avons vu la société domestique, bien que reposant toujours sur l'union des sexes et se proposant toujôurs pour but l'éducation des jeunes, trouver son unité dans un échange d'idées, d'affections et de services. A mesure que nous nous sommes i'.:levcsJans l'échelle des sociétés, à mesure aussi que l'activité physiologique s'est trou,·ée plus complétemcnt engagée dans la sphère de l'activité psychique, à mesui:c le consensus organique a été subordonné à la conscience. Celle-ci a eu bientôt l'initiative et la garde des individualités collectiYes dont la fonction de reproduction était la fin essentielle, et elle a suscité une multitude d'habitudes et de tendances qui ont été enfin cultivées d'elles-mêmes indépendamment de leurs résultats. De cc nombre sont les deux penchants sans lesquels nulle société complète ne serait possible: la sympathie et le double sentiment de domination et de subordination (, ). Il n'est pas besoin, remarquons-le, pour que ces deux sortes de liens unissent différents indiYidus que ceux-ci diffèrent physiologiquement et soient pour\'Us d'organes de reproduction correspondants, mais dissemblables. Entre des individus quelconques de la même espèce, ils peuvent former une société, pour\'ll qu'il y ait;\ cela une raison suffisante. Cette raison ne peut être qu'un intérêt, car nul être ne fait rien qui ne lui soit ou ne lui paraisse avantageux, et tous les intérêts se raméncnt en dernière analyse au développement de la vie physiologique. Mais il n'en est pas moins vrai que dans cc cas d'abord cc ne sera pas pour vivre, mais pour défendre et améliorer la Yic, pour la charmer surtout - le seul (1) Sous un regunc contractuel, la coordination volontaire des coopérateurs n'a pas pour cause ce double instinct de domination et de subordination. Une société complcte est donc possible sans l'intervention de ce double penchant. Les sociétés humaines en particulier tendent, comme nous le montrerons ailleurs, à s'affranchir de plus en plus et à s'organiser sous l'empire d'une libre initiati\'e, consacrant le respect réciproque de l'autonomie individuelle.

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