La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

L'ACCORD POCR LA VIE DANS LES SOCIÉTÉS A'.\'n!ALES 667 Bluntschli (Théorie générale de l'Etat, p. 266-270), aucun exemple d'État contracté par les indiYidus, en vertu d'une convention analogue à celle par lesqi1clles on crée une société de commerce ou une caisse d'assurance contre l'incendie». En définitive, si les exigences inhérentes à la nature de la société ( du moins aux degrés supérieurs de la scrie zoologique et dans l'humanité) ont fini par être acceptées après avoir été aperçues et si dés lors s'est établie une sorte de convention, ici spontanée et tacite, là réfléchie et de plus en plus explicitement consentie durant les âges, le contrat, en tant qu'expression d'un consentement volontaire et réciproque, n'est pas à l'origine des sociétés, mais à leur apogée, et l'état social est ou peut être réalisé par des conditions étrangères à la forme contractuelle, si bien que non seulement les associations temporaires ou permanentes qui réunissent des indivi- .dualités indépendantes dans les embranchements des métazoaires supérieurs, vertébrés et insectes, mais encore les colonies de métazoaires inférieurs et de protozoaires, doivent retenir notre attention. li faut donc pour qu'un système social se réalise qu'il y ait une certaine coordination entre ses parties constituantes en vue de la conservation de l'ensemble, et comme cette coopération peut se manifester autrement qu'en l'espèce d'un contrat ou de la famille, il suit de H qu'une synthèse de l'évolution sociale doit comprendre toutes les espèces d'organismes sociaux, depuis ceux ou l'accord est en quelque sorte mécanique et fatal jusqu'à ceux où il est l'œuvr·e de volontés consentantes (r). (1) Si nous parlons d'organisme, ce n'est pas que nous considérons les soc1etes <:omme des êtres distincts, ayant une vie propre, une conscience et une volonté propres indépendantes de la vie, de la conscience et de la volonté des individus qui les composent. A notre avis, cette sorte de L~viathan qu'on appelle l'organisme social est une abstraction qui ne se trouve réalisée que dans les formes inférieures des sociétés animales où les indiYidus, soudés les uns aux autres, pour ainsi dire, semblent vivre d'une vie commune. Dans les formes supérieures où les indiYidus sont séparés et relativement libres de se détacher du groupe dont ils font partie, la synergie des volontés n'opère pas la fusion des êtres en un seul qui les absorbe tous et se compose une vie et une :ime ,de la vie et de !':\me de chacun des individus qu'il enveloppe .. Cette sorte de Grand Être se réalise dans l'~sprit du penseur ou, si l'on veut, dans l'esprit de ce qu'on a appelé l'élite, mais il ne peut avoir d'existence réelle qu'au regard de ceux que les analogies .abusent. Il y a des individus réunis sous une forme d'organisation qu'on appelle sociét{ De ce fait, sous l'empire de la vie en commun, il arrive qu'ils souffrent des mêmes peines, jouissent des mêmes plaisirs, sont mus par les mêmes volitions ou des passions identiques, dans des conditions à déterminer. Mais la psychologie des peuples n'est qu'un cas plus complexe de la psychologie de l'individu, ou plutôt la psychplÔgic de l'individu est une résultante de mille influences internes et externes. Quant a la dénomination d'Î::tre social appliquée à cette organisation, elle est une résultante et n'a pas plus de valeur objective pour la science que tant d'autres termes généraux désignant une collectivité d'individus ou d'espèces. C'est l'individu qui existe et en lui se réalise l'espèce, qui n'est qu'une entité, une catégorie de l'esprit. Mais l'individu, s'il se distingue de tout ce qui n'est pas lui par des idiosyncrasies propres, participe de la vie collective -en ce sens qu'il la réfléchit à sa manière et en subit la pression. :,

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