CULTURE Jl\'TELLECTUELLE DU PROLÉTARIAT BERLJNOIS 655 Les arrangements pris pour assurer le fonctionnement de la société se révélèrent de tous points excellents à la pratique; en particulier le tirage au sort des places marcha toujours très bien, l'institution plut à tous. Déjà dans le compte rendu pour la première année, le conseil pouvait faire cette constatat-ion : devant de pareils résultats, les voix railleuses, grognonnes et insultantes, qui se sont élevées dans la presse (il s'agit de la presse bourgeoise) lorsque le plan d'un cc Théâtre libre du Peuple » apparut, se sont tues avec confusion, et dans des milieux trés étendus, naturellement surtout parmi les travailleurs aux sentiments artistiques de Berlin, on s'accorde i reconnaitre la haute importance, pour l'éducation et l'inspiration du peuple du « Thé:ltre libre ». Pour se débarrasser de la police, la société dut abandonner, dans l'été de 1891, une partie bien intéressante de son programme : les conférences sur les pièces faites, dans des réunions de sociétaires, par des écrivains d'art. C'est que la police croyait pouvoir attribuer aux conférences une action sur les affaires publiques, et que la loi prussienne sur les associations enjoint aux Conseils d'associations poursuivant ce but, de fournir, toujours à la police, les noms des membres avec toutes les mutations survenues, etc. Malgré la vive protestation du Conseil, la Haute Cour Administrative s'associa à l'opinion de la police, que le cc Théâtre libre du Peuple » voulait exercer une action sur les affaires publiques. Or, chez nous, en Prusse, ce point admis, il est très facile à la police et aux tribunaux de qualifier- bicntàt une pareille société de société directement politique. li fallait parer à ce danger en renonçant aux conférences critiques, car d'après le§ 8 de la loi prussienne sur les associations, les femmes n'ont pas le droit d'être membres de sociétés politiques. Les conférences furent remplacées par une petite revue paraissant pour chaque représentation et qui contient, outre une étude de la pièce et une poésie, des annonces pour des sociétés, et le programme. En octobre 1892, à la suite de querelles qu'il serait trop long d'exposer ici, se produisit la retraire d'environ 300 ou 400 membres, le docteur Bruno \Ville en tête. On a voulu voir là une scission entre démocrates, so~ialistes et anarchistes, mais c'est là une interprétation inexacte, puisque parmi ceux qui se sont retirés une bonne moitié , était des démocrates socialistes. Il est seulement exact que l'antagonisme entre anarchistes et démocrates socialistes fut en grande partie la cause de cette division. Publiquement le motif ne pouvait naturellement pas se produire, parce que, aux yeux de la police, toute discussion ayant un caractère politique était sévèrement interdite au Théâtre du Peuple; mais à l'intérieur du corps d'administration, cet antagonisme se manifesta jusqu'à ce qu'il arrivât à s'exprimer dans des assemblées générales, de telle manière que Wille, qui cependant I
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