La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

J. MICHELET (A PROPOS DE SON CENTENAIRE) 57 ouvrages de la dernière période constate et« précise, écrit Ch. Renouvier, la persistance de ses vues générales sur l'histoire « et sur le monde. Quoique Michelet ait traduit Vico, dans sa jeunesse, il n'est pas pour les recommencements éternels de la même tragi-comédie, pour ces corsi e reicorsi d'un pessimisme inavoué. Il croit à l'évolution rectiligne par les religions d'abord, puis après la mort des dieux, par la religion de la science. li ne cite pas Auguste Comte, mais il parle souvent de son savant ami M. Littré. Dans NosFils il entonne presque l'hymne de l'avenir radieux de l'Humanité, a peu près comme Victor Hugo dans Plein Ciel de la Légwde des Siècles. III Dévot de l'Humanité, tel fut bien Michelet. L'Humanité même englobe toute vie. Son ardent patriotisme est plus et moins qu'international - au sens de combat du mot. Si toutes les nations n'entrent pas dans la Cité, il restera à la porte. Il va même plus loin. Si nos frères inférieurs, les animaux, sont exclus, il se mettra derrière le dernier d'entre eux pour le pousser en avant. Pas de lutte pour l'existence, pas de lutte de classe, rien que l'harmonie. li a repoussé, tout comme Auguste Comte, toute théologie, toute métaphysique spiritualiste (son testament, où il remercie Dieu de tant d'œ1:1vres, de tant - d'amitiés, n'y contredit pas autant qu'on serait tenté de le croire). Il ne lui reste plus qu'a diviniser le grand Tout; une forte odeur de panthéisme se dégage de ses dernières œuvres, et particuliérement de ces poèmes en prose, L'Oisen11,L'l11secle,Ln.Mer, Ln. .\lonlng11e,L'Amour, Ln. Femme. Il continue a prononcer le nom de liberté, mais il semble bien qu'il entende seulement par là les libertés religieuses, politiques et autres - qui n'ont rien à voir avec le libre arbitre des philosophes. Cette pauvre petite flamme de liberté, comme il s'exprime dans )'Histoire de la Révol11/io11, si faiblement vacille-t-elle, dans ses œuvres, qu'elle est toujours près de s'éteindre. Aussi n'hésite-t-il pas à sacrifier la moralité individuelle a l'incarnation du Peuple. li s'emporte violemment et éloquemment contre les dogmes de la grâce, de la prédestination,1du péché originel. Mais il les remplace par la croyance au progrès quasi-fatal qui n'est qu'une autre forme de la prédestination. Ch. Renouvier ne craint pas de juger cet optimisme impénitent en ces termes durs : « Rien de moins moral » - « rien de plus faux ». IV Michelet eut-il des sympathies pour le socialisme? Son œuvre est contemporalhe des grands systèmes de Saint-Simon, de Fourier, plus

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