LA REVUE SOCIALISTE avec amertume:« On a inventé d~puis quelques années le mot« socio- « logie ». Le mot histoire avait le même sens et disait la même chose, du moins pour ceux qui l'entendaient bien. L'histoire est la science des faits sociaux, c'est-à-dire la sociologie même. » Etrange prétention, d'un doctrinarisme étroit étranger même à Guizot ! L'histoire des institutions passées et des hasards individuels érigée en juge souverain des doctrines politiques, sociales, religieuses ! ( I) Quant à la philosophie de l'l;istoire (fallacieuse ou non), c'est décidément tout autre chose et que l'histoire anecdotique (en est-il d'autre?) et que l'histoire des institutions faussement identifiée avec la sociologie, science déductive comme tous les logiciens en conviennent (2). C'est une spéculation métaphysique. Elle est du ressort de la pure discussion abstraite. Je voudrais bien savoir, avec tant d'autres curieux, comment on peut faire sortir de la comparaison empirique des faits une doctrine du progrès? Cette doctrine du progrès, Michelet l'embrassa. Il n'y fut certainement pas amené par l'étude même de l'histoire « tant de couleuvres avalées et tant de rois ». Il la portait dans son âme à priori comme on dit avec justesse, non pas en suite de l'intimité avec les faits, mais malgré cette intimité même. L'histoire toute seule, sans croyance métaphysique, est une véritable impasse, un conte à dormir debout, quand ce n'est pas un Michelet qui le narre. C'est le désespoir de la réflexion. Malebranche la comparait au récit chez la portière, ce sont à peu près ses expressions. Voltaire, auteur pourtant d'un des plus solides essais sur l'histoire universelle, convenait que si l'homme n'était pas un animal très curieux, on ne saurait plus ·mal employer son temps qu'à l'étude de l'histoire. La doctrine du progrès se rattache donc non au dépouillement toujours fautif des anciennes chartes, mais à une vue générale sur l'évolution du monde. Cela dépasse beaucoup, J on l'avouera, les horizons de l'histoire proprement dite. Auguste Comte, Herbert Spencer, entre autres, ne furent pas des historiens. Qu'est-ce donc, pour Michelet, que le progrès ? IJ n'en a fait mille part la théorie. Ce n'est pas son habitude de traiter méthodiquement les questions. Il n'en est pas moins vrai que de ses écrits on peut extraire un assez grand nombre de traits qui forment, si on veut bien les interpréter, les éléments d'une doctrine philosophique, d'une philosophie du progrès. C'est d'abord l'optimisme, un optimisme presque candide, si l'on peut se permettre ce jeu de mot. La Bible de l'Humanité (1865), un des (1) Ch. Adam : La Pbilosopbie en France au dix-11e11viè11si1èecle. Conclusion. (2) Stllart Mill : Logiq11e. - Cournot : Traité de l'e11cbaî11e111dwets idéesfondamwlales. - Rabier : Logique. - G. Renard : Le Régime socialiste,
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