LA REVUE SOCIALISTE appuyait le projet sur les considérations suivantes : « Le théâtre doit être u11esource de haute jouissance artistique, d'élévation morale et de puissante impulsion : la réflexion sur les grandes questions du temps. Mais il est, d'une maniére générale, descendu au niveau du fade bel esprit de salon et de la littérature amusante, du roman de colportage,. du cirque, de la feuille chariyarique. C'est que Je théâtre est soumis au capitalisme et que le goùt de la masse·, dans toutes les classes sociales a été corrompu, surtout par certaines conditions économiques. Cependant, sous l'influence des poctes, journalistes et orateurs aux aspirations honnêtes, une partie de notre peuple s'est affranchie de cette corruption. Des pactes comme Tolstoï et Dostoïewsky, Zola, '[bsen et Kielland, aussi bien que plusieurs « réalistes >> allemands, n'ont-ils pas trouvé un écho dans la population ouvriére de Berlin? Pour cette partie du peuple, c_onvertie au bon goût, c'est un besoin, non seulement de lire, mais de voir repr~senter des picces de théâtre de son choix. Mais le désir de représenter publiquement des pieces animées d'un souffle révolutionnaire, se heurte habituellement aux exigences du capitalisme, qui redoute qu'elles ne remplissent pas la caisse, ou a la censure de la police. Ces empêchements n'existent pas pour une société fermée. » L'appel fut vivement commenté non seulement dans les journaux allemands, mais aussi dans ceux de France, de Belgique, d'Italie, d'Angleterre. A la vérité l'opinion fut en grande partie défavorable. Au contraire, la classe ouvricre pensante de Berlin accueillit l'appel trcs favorablement; surtout dans les rangs des ouvriers qui avaient déjàauparaYant manifesté un si vif intérêt pour l'art. AYecferveur, ils firent, pour la fondation d'un thé~1trelibre du peuple, de l'agitation dans toutes les sociétés possibles et avant tout dans leurs syndicats. Ils réunirent les signatures des amis et collégues disposés à y prendre part. Chez Wille mème arrivcrent en outre des centaines de lettres d'adhésion. Cependant \Ville se concerta ayec des amis du projet, parmi lesquels Curt Baake, Willy Boelsche, docteur Conrad Schmidt, J. Türk, Richard Dehmel et le tapissier Carl Wildberger, au sujet des moyens de réalisation pratique. Le 29 juillet r890 eut lieu, dans la grande salle du Bollm1ischeBsrau!Jaus, une réunion publique à laquelle assistcrent environ deux mille personnes. A côté de la classe ouvriere était représenté le monde des littérateurs. Bruno \Ville fit l'exposé d'ouverture et déY_eloppaentre autres les idées suivantes: « L'art doit appartenir au peuple, et n'être pas le privilcge d'une partie de la population, d'une classe sociale. C'est là une revendication. Elle retentit dans la Gréce antique et retentit encore au temps des Herder, Lessing, Gœthe et Schiller. Chez les anciens Hellcnes, cette reYendication était une revendication nationale ; au temps de nos classiques allemands elle s'appuyait sur cette considéra- /
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