La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE syndicats comme dans les rares sociétés politiques d'ouvriers qui etaient peu :i peu revenues a la vie. -Outre les confcrences littéraires, furent souvent faites, dans les sociétés, des conférences scientifiques, historiques, cconomiqucs et philosophiques, lorsque le temps n'était pas pris par des questions d'administration et des questions du jour (grc\'CS). Des themes philosophiques et scicntifiques r ourn ircnt plus particulièrement l'occasion de secouer l'autorité divine et l'autoritc séculicre, appuyée sur elle. Parallèlement le mouvement politique poursuivait sa marche irrésistible, bien que souYent entra\'ce. Or dans le cercle intime de ces clubs de discussion el de lecture précédemment mentionnés, les impressions reçues dans les réunions syndicales et autres étaient approfondies. Les gens qui se rencontraient ici, c.':taicnthabituellement partout oü « il se passait quelque chose ». Pour indiquer la forme que revêtait cette activité de club, je donnerai un exemple. De r88ï a 1890 existait à Berlin un club, compose d'ouvriers jeunes et vieux, la plupart statuaires et relieurs, qui, pour dcroutcr la police, s'étaient donné le nom innocent de « \'icillc Tante ». Les scanccs des quinze a vingt sociétaires avaient lieu une fois par semaine, tant6t dans la chambre de derrit:rc d'un estaminet, mais la plupart du temps chez tel ou tel sociétaire. Chacun payait une cotisation de dix pfennigs par semaine. Cela permit au club de recevoir quelques revues. Grâce aux dons de quelques camarades, et au prêt qui fut fait d'un certain nombre de li\'res, une bibliothèque fut composée, à vrai dire modeste, mais variée. Dans chaque séance on se mettait d'accord sur un thémc de lecture ou de discussion. Quelques camarades étaient membres de la Communauté Religieuse Libre, union de libres penseurs remontant aux annces qui se sont écoulées de 1840 à 1850. lis mettaient Je temps en temps une question philos0phigue sur le tapis, et les autres exprimaient sans contrainte leur opinion. Une autre fois, on s'entretenait par exemple, de l'œuvrc de Rask.olnikow, Crime el C/Jâlimwt, roman psychologique qui venait de paraître en feuilleton dans le Berliner Volllsblntt, devenu depuis, sous le nom de Vorwnerts, l'organe central de la dcmocratic socialiste allemande. Ces ouvriers discutaient vivement sur la question de savoir s'il est intéressant de disséquer subtilement, dans un roman, l'âme d'un homme. Les uns s'enthousiasmaient pour de semblables analyses, d'autres l'y admettaient sous condition, d'autres enfin disaient que la question les laissaient indifférents, mais déclaraient préférer ne pas lire de trop longues études sur de pareils sujets. Ensuite, en un sculpteur qui fréquentait l'école de modelage en s'imposant de dures privations se rcvéla un artiste. Il parla de l'art religieux au Moyen-Age, et de l'bellc:nismc joyeux et de la Renaissance. Désireux de s'ouvrir de nouvelles jouissances, les assistants concertèrent pour le dimanche suivant une

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