La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

CULTURE INTELLECTUELLE DU PROLÉTARIAT BERW~OIS 643 mouvement pour l'éducation gé11éralc du prolétariat. En même temps que les suffrages démocrates socialistes exprimés aux élections pour le Reichstag, après un recul momentané, devenaient infiniment plus nombreux, la vie sous-jacente des associations ouvrières reprit, elle aussi, son cours, particulièrement dans les quatre dernières années du régime d'exception. Tout d'abord se relevèrent les syndicats ouvriers. D'après leurs statuts ils ne se proposaient pas seulement d'améliorer la situation économique de leurs membres, mais encore, par des conférences, par l'établissement de bibliothèques, d'agir en instruisant. Mais les persccutions de la police forçaient à la prudence dans le cboix des conférences. Tout ce qui était socialiste ou pouYait éveiller l'idée d'une propagande socialiste dut être laissé de côté. Et d'autre part, on ne voulait pourtant pas renoncer aux idées de liberté. Comment faire? La production littéraire contemporaine fournit un objet d'étude appropriée au but. Il y avait avant tout la littérature des romans modernes, la nouvelle poésie et le drame moderne. Les réalistes et les naturalistes avec leurs peintures de la vérité, dans lesquelles les plaies sociales sont mises à nu et mainte aspiration vantée par les prêtres et les homqies d'État comme un bien moral élevé sont anéanties par la critique, trouYèrent auprès de ce public un accueil grandement favorable. Et des prédicateurs du nouvel Évangile littéraire se mii.cnt à la disposition des ouvriers. C'étaient de jeunes écrivains, produit de l'âpre concurrence intellectuelle, qui ne trouvaient pas place au banquet de la soi-disant « bonne société », d'autant qu'ils aYaient le courage d'être des natures originales et de ne pas flatter les philistins. Les uns espéraient du mouvement socialiste une renaissance de toute la vie du peuple et avaient de la sympathie pour la classe ouvriere; les autres étaient, par conviction théorique, socialistes. Des conférences sur la littérature moderne en général et spécialement sur Zola, Ibsen, Bjornson, Kielland, Tolstoï, Tschernichewsky, Dostoïewsky et sur les lyriques et dramatiques néo-allemands du genre de Julius et Heinrich Hart, Schlaf et Holz, n'étaient pas rares alors dans les syndicats de Berlin. Quelques pièces de théâtre et romans, comme par exemple Nora et Germinal, furent aussi étudiés d'une manière particulière. Parmi les conférenciers gui avaient une prédilection pour des sujets de ce genre, il faut nommer, pour les années de 1888-90, principalement: le rédacteur Kurt Baake, les écrivains docteur Bruno Wille et Willy Boelsche, l'acteur, marchand et écrivain Julius Türk et !'écrivain Paul Ernst. A eux s'associaient alors encore le docteur Conrad Schmidt et quelques autres. A côté des modernes, les grands poètes allemands de la période classique ne furent nullem~nt oubliés, non plus bien entendu que les poètes de la liberté d'avant et d'après 1848. Des débats quelquefois très vifs su{vaient ces exposés dans les - 1 \

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