La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

J. MICHELET (A PROPOS DE SON CENTENAIRE) 55 montré la Providence divine conduisant le monde par les actions des hommes et la _Religion gouvernant la morale, dictant les institutions». Son fotroductio11 à l'!Jistoire1111iverselle (1824) est en vérité une introduction a la seule histoire de France, conformément a l'axiome de Guizot : « La France a produit plus fidèlement qu'aucune autre nation le type général et l'idée fondamentale de la civilisation >i. La France a une mission providentielle, entre toutes les autres, c'est le soldat de Dieu. C'est« le pilote du grand vaisseau de l'humanité, chargé de la faire entrer au port >i. Tout chauvinisme a part, il y a du vrai dans cette conception. Un philosophe qui s'est occupé d'histoire ( r), recueillant les témoignages des nations étrangères, de Gœthe, de Heine entre autres:-Ïraduit cette formule« le soldat de Dieu» par le« sold;rt du Droit >). C'est un fait que, depuis le dix-huitième siècle du moins (auparavant c'est bien douteux), les révolutions politiques en France ont eu leur répercussion dans toute l'Europe, donc un cachet vraiment international. Bt cet apostolat actif du droit ne fut pas seulement dans le fait, mais dans l'intention. La Déclaration des Droits de l'Homme et du Citoyen, les préambules de la Constitution de 1848, la Commune de r8ïO-ï I ne laissent pas de doute sur ce point. J. de Maistre, que la haine rendait perspicace, avait raison d'écrire : « Chaque acte de ce peuple est une conspiration >). Des ses premiers Yolumes, Michelet, malgré sa sympathie esthé- • tique et pieuse pour le catholicisme du Moyen-Age et la royauté en voie de formation, Michelet déclare ce monde un monde mort. Dans son impartiale et si poignante Jean11ed'Arc, le souci de la documentation sérieuse ne l'empêche pas de voir en elle une incarnation du peuple. Cette conception est admirablement n~sumée dans l'éloquente apostrophe du Peuple. On n'en cite de mémoire que la fin qui forme un beau vers : « Si l'on entassait tout ce que chaque nation a fait pour l'œuvre de l'humanité, pour des buts désintéressés, universels, qui ne devaient profiter qu'aux autres, la pyramide de la France irait montant jusqu'au ciel et la vôtre, ô nations toutes tant que vous êtes, la vôtre irait a peine aux genoux d'un enfant. >, I I Le croyant au progrès n'est pas, en Michelet, moins remarquable. On quitte ici 1~ terrain de l'histoire proprement dite. Il s'agit de philosophie de !~histoire. Ce terme est ambitieux, c'est pourtant le terme propre. Fustel de Coulanges, dans sa dernière préface (1889) écrivait (x) Alfred Fouillée : L'idée moderned11droit.

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