LA REVUE SOCIA,,!.ISTE sans quoi ils ne seraient pas députés. » Et l'opinion publique est pervertie. Par b presse ? Peut-être. En tout cas, il y a perversion mutuelle. Qui donc alors réagira ? Ceux qui n'ont pas peur de l'opinion, c~ux qui, sans souci de gain, ne se serviront de la presse que pour des œuvres de vérité. Seuls, ceux qui ne dépendaient pas de l'opinion pouvaient assumer l'entreprise. N'importe, il fallait du courage pour rompre des relations, renoncer à des habitudes, soulever des hostilités et des haines. Ce courage, Paul Brulat l'eut des premiers. Il a bien mérité ainsi de prendre rang parmi les véritables ..:onducteurs de l'opinion. La vérité marche, mais à condition que de telles mains la portent en avant des foules: E. F. L'Armée contre la Nation, par URBAINGOHIER(édition de la Revue Blnncbe). - Nous devons à Urbain Gohier le document qui jette sur le débat une lumière décisive. Quand on a lu le chapitre intitulé « Revanche de Coblentz », que publia naguère la Revue Blanche, on ne peut plus voir dans la condamnation de Dreyfus une erreur judiciaire, mais une ténébreuse conjuration catholico-militaire contre l'esprit moderne. A voir notre état-major et notre haut commandement envahis par les petits-fils de ceux qui commandaient à Coblentz et à Quiberon et menaient le combat contre la nation, on comprend tous les événements de ces quatre dernières années. C'est à Urbain Gohier que nous devons cette définition : ,, li y a des gens qui se font officiers pour ne pas être soldats. » Ceci n'est pas une boutade. Pour nos prétendus patriotes, l'armée ce n'est pas le soldat, c'est l'officier. M. Déroulède en faisait l'autre jour l'aveu à la Chambre. Qui donc pourrait contester aujourd'hui qu'une telle manière de voir ne constitue pas un péril? Car les officiers ne s'identifient pas, comme l'armée, avec la nation. Ils forment une caste à part et, si on en doutait, on n'aurait qu'à s'informer de la manière dont sont traités par ceux de la caste les intrus de la réserve et <le la territoriale. Ils ne peuvent avoir naturellement qu'un dogme social : l'autorité. Ce dogme, naturellement, repose sur l'obéissance passive. Cette nécessité de discipline devant l'ennemi éventuel devient une arme contre la nation et se~ aspirations vers plus de justice et de bien-être. Les chefs militaires sont si bien convaincus que là est en réalité leur mission sociale, qu'on les voit, ne pou\·:tnt, sans prétexte décent, retourner à Coblentz, sanctionner par leur présence des manifestations oü se prononcent des paroles telles que celles-ci : « Malheur à ceux qui laissent le glaive s'émousser!. .. Il faut s';irmer de la force coercitive, brandir le glaive, terroriser, couper des têtes! ... « Il faut, même au prix du sang, mater les prétentions du civilismc qui veut se subordonner le militarisme. » C'est, on s'en souvient, devant le général Jamont, généralissime de l'armée française, que le père Didon tint ce discours significatif. A ces odieux propos, Urbain Gohier oppose les fières paroles d'un génér:il républicain. Voici ce qu'écrivait Faidherbe en 1888 : « La première République faisait fusiller les généraux qui osaient se révolter
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