La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

REVUE DES LIVRES contre le pouvoir civil. Elle avait raison. Aucune indulgence, aucune pitié n'est possible en pareil cas. Où irions-nous si nous tolérions de semblables écarts? II n'y aurajt bientôt plus ni armée, ni patrie.» La différence des deux langages tient en ceci : Faidherbe songeait à !a défense nationale, les chefs militaires d'aujourd'hui ne songent qu'à la défense sociale. Leur armée est, selon le mot terrible d'Urbain Gohier, << une armée pour l'intérieur », la police armée du clergé et de la finance contre les revendications populaires. La crise actuelle doit être bénie : Elle a fait surgir des talents et des énergies, elle a montré aux esprits clairvoyants la grandeur du péril que fait courir aux démocraties le régime militaire échappant à tout contrôle. La leçon a été dure, parfois humiliante pour la raison humaine, mais cc sont les plus dures qui sont les plus efficaces. Urbain Gohier aura, plus que tout autre, contribué à ce résultat. Son œuvre n'est donc pas seulement d'un courageux é.:rivain, elle est d'un bon citoyen, d'un véritable patriote. E. F. Les Grippelong (La morale bourgeoise), par H. LENCOU. Librairie de la P,•tilt•République. - La forme dialoguée est une des plus commmodes que je connaisse pour le roman de \·érité et de sincérité qu'exigent les esprits de ce temps. Gnice à elle, point de temps perdu en digressions et descriptions. Les personnages se peignent d'eux-mêmes, comme sans le vouloir, et se montrent à nous tels qu'ils sont. Les Grippelong ne sont pas beaux à voir. Ils ont toutes les tares morales que peuvent contracter des gens pour qui la vie est un combat dans lequel la ruse et le mensonge sont les armes les plus sûres. Le vieux Grippelong, paillard, jouisseur, dur à ses locataires qu'il accule au suicide, ému jusqu'aux entrailles de voir son fils épouser une vieille catin enrichie, est il peine une caricature. Le trait est appuyé, mais il n'est pas faux. Sa femme, vouée aux apparences, n'a pas une plus belle âme et elle lui donne congrument la réplique. II y a une gaieté sinistre dans cette scéne où les Grippelong, croyant . leur fils atteint d'une maladie mortelle, débattent à deux pas de lui s'ils doivent décommander des rideaux au t:ipissier, ceux du moribond devant leur revenir. Odette, la fille des Grippelong, apporte des bouffées de sincérité dans l'atmosphère méphitique où grouille .:ctte famille. Elle est plutôt la femme de l'.l\·enir que celle du présent. Mais c'est en présentant de tels modèles qu'on en fait naître les copies. Et par cette figure d'Odette, Lencou relève d'idéalisme nécessaire sa violente étude réaliste. EUGÈNE FOURNIÈRE. Les lecteurs de la Rei1ue m'excuseront si je suis obligé de remettre au mois prochain les comptes rendus de !'Alouette,' par Mlle Dick May, de la Psychologiedu peuple jrnnçais, de M. A. Fouillée, de la Question d'Orient, de M. E. Driault. et du remarquable ouvrage de M. André Lichtenbergc:r, le Socinlis111et la Révolutionfrançaise. E. F.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==