REVUE DES LIVRES inventant les contes les plus •absurdes. Mais l'historien qui se reporte à une période aussi troublée que celle.qui succéda à la Terreur doit se garder des exagérations dont les documents contemporains portent la trace intéressée et faire la part des violences calculées. M. Zivy, par exemple, prend à la lettre les rapports de police qui signalent tous l'horreur du peuple de Paris, au souvenir de la Terreur; et il prend texte de ce que les sections royalistes reprochaient à la Convention de méditer la résurrection de la Terreur en armant les «patriotes», pour conclure que le mouvement du 13 vendémiaire fut un mouvement exclusivement libéral, provoqué par la crainte d'un retour à la politique conventionnelle de l'an II. Or les policiers de l'an IV sont <les témoins suspects qu'on ne doit interroger qu'a\'ec prudence, comme tous les témoins de ce genre, d'ailleurs. Au lendemain de la Commune, quand le terme de communaliste était synonyme d' «assassin» et de « pétroleur », nul doute que les policiers de 1871, comme ceux de l'an IV, n'aient écrit des rapports témoignant t0us de l'horreur de Paris pour la Commune. L'historien qui prendrait ces rapports pour l'écho fidde des sentiments de la population parisienne commettrait une singulière bévue ... Ces réserves faites, l'essai de M. Zivy est, je le répète, intéressant, et fixe désormais la physionomie du 13 vendémiaire. GUSTAVE ROUANET. Violence et Raison, par PAUL BRULAT, préface de G. Clémenceau. 1 vol. in-18 (Stock, éditeur). - « Nous avons autre chose à faire que de récrimmer et de haïr, dit Clémenceau au seuil de ce livre. Il faut montrer la vérité totale aux yeux de tous. » .Nous reconnaissons à ces paroles le fils bien légitime de notre grand Diderot, le plus français peut-être des philosophes du dixhuitième siècle. La « vérité 'totale », disait Diderot, aux termes près, il faut toujours la dire, fût-elle cruelle, fût-elle nuisible. Et après avoir ainsi poussé à fond son affirmation, il prouvait que la « vérité totale » ne peut causer qu'un mal passager et que, finalement, Je bien seul peut s9rtir d'elle. Paul Brulat, <c un jeune écrivain de sentiment haut et de pensée droite », penst: et agit ainsi. Il est de ceux qui, dans la crise d'honneur que vient de subir notre pays, furent pour la raison contre la violence et opposèrent à celleci la force supérieure de l'idée. Il a bien fait de réunir en un volume ces brûlants articles de polémique. Quelle vaillante leçon de courage, quel énergique rappel à leur devoir strict pour ceux qui se sont voués professionnellement au bien public, que l'attitude de ce littérateur pur! Car c'est la caractéristique de cette crise, qu'elle aura été conjurée non par ceux qui avaient mission et mandat d'assurer à la nation la paix morale et la ' justice, mais par des gens de lettres, des savants, des professeurs qui ne s'étaient jamais mêlés à la vie publique. Comme i\ aurait le droit d'être sévère pour les conducteurs de peuples, l'artiste de lettres qu'est Paul Brulat ! Comme il pourrait leur reprocher âprement d'avoir été contraint d'assumer leur tâche si honteusement désertée ! • Il ne le fait pas, et voici pour quel motif : « Ce n'est pas la fau.te de nos députés, dit-il, si l'heure présente est triste, si la justice souffre, si la ,·érité agonise; nos députés, comme on l'a dit, ne.sont que les valets de l'opinion -
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