La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE mandement en second. » Cette version de Barras doit être exacte. Elle est la seule vraisemblable, d'ailleurs, et qui concorde avec les faits. Le 14 vendémiaire, Merlin, dans son rapport à la Convention sur les événements de la veille, « cite des généraux qui se sont distingués, il ne souffie mot de Bonaparte. » Ce silence s'explique très bien par le rôle que Barras lui assigne dans ses Mémoires et que le manuscrit cité par M. Zivy ne Mment pas : « De la journée, dit Barras, parlant <le son second, il ne bougea du Carrousel, mon quartier-général, ne le quitta que pour accomplir une mission au Pont-Neuf, qui venait d'être abandonné par Carteaux. » Le I 7 vendémiaire, Fréron apprend à la Convention que Barras avait nommé le général Bonaparte commandant en second dans la nuit du 12 en remplacement deMenou, et le lendemain Barras demandait la confirmation de cette nomination. Il y avait bien là, peut-être favoritisme, mais en somme rien d'anornial; d'autant que Bonaparte appartenait, comme je l'ai dit, à cette catégorie d'officiers généraux destitués par Aubry pour cause de jacobinisme. Au 1 3 Yendémiaire, la Convention ouvrant enfin les yeux sur les dangers que sa politique de réaction suivie depuis le 9 thermidor faisait courir à la République, revint de ses préventions contre les « patriotes ,i et réintégra, sur la proposition de Fréron, qui lui signala entre autres les services de « Buona-Parte », la plupart de ces généraux, accourus au service de la République menacée. En somme, le hasard des circonstances (la présence de Bonaparte ù Paris ce jour-là, sa liaison avec Barras et surtout Fréron), fit passer à portée de l'ambitieux la fortune. Bonaparte n'était pas homme à la laisser échapper. Il la saisit aux cheveux et ne la lâcha plus. La confirmation de sa nomination de commandant en second équivalait à celle de général en chef de l'armée de Paris, car Barras n'avait pris cette charge que pour faire face au péril royaliste. Quelques jours après, il se démettait de ses fonctions et Bonaparte, nommé général de division, commandant de l'armée de l'intérieur, en avait fini, désormais, avec la misère et l'obscurité. On voit combien peu en rapport avec le rôle véritable que joua Bonaparte au I 3 vendémiaire sont les récits que les historiens ont faits de cette journée, ù commencer par Napoléon lui-même. M. Zivy a très bien mis en lumière ce point spécial et son tableau de la journée est le plus fidèle, croyons-nous, qu'on ait tracé jusqu'ici. Mais pourquoi ces mots : « buveurs de sang », « terroristes», reviennentils toujours sous sa plume? Il les a trouvés dans les documents de l'époque. Après le 9 thermidor, la terreur thermidorienne, qui dépassa en violences et en cruautés la terreur révolutionnaire par laquelle la patrie fut sauvée, se déchaîna en calomnies atroces contre les vaincus. La tourbe des ambitieux et des intrigants qui montent à la surface des révolutions, comme l'écume à la surface des eaux troublées, tous les tarés et les corrompus, les pleutres et les imbéciles, ceux qui tremblaient ou faisaient trembler avant la chute de Robespierre, terroristes retournés ou repentis, sans compter la lie d'escrocs, de souteneurs et de prostitués de tous les sexes que la fin de l'ancien régime avait réduits aux abois, tenaient le haut du pavé et poursuivaient de leur haine implacable les « patriotes » proscrits. Les agents du royalisme secondaient Je mouvement,

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