La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

,,,,,,. REVUE DES LIVRES 635 désarroi régna dans la Convention. C'est ici que Bonaparte se met en scène. A la suite de ces événements, raconte-t-il, il se rendit dans les couloirs de l 'Assemblée. Les députés qui l'avaient connu à Toulon le proposent pour remplacer Menou. Mais lui hésite à accepter : se prononcera+il pour ou contre le pouvoir légal? Pendant qu'il se livrait à ces réflexions, on le faisait chercher partout. Enfin il se décide et se rend au comité de salut public, ou, dit-il, il posa ses conditions. Il accusa les commissaires conventionnels d'avoir tout entravé la veille par leur immixtion inopportune dans les dispositions prises par les généraux. Le comité de salut public frappé des raisons qu'il leur développa, ajoute-t-il, lui donnèrent raison, mais ils ne pouvaient destituer les commissaires. Alors, pour tout concilier, on résolut de donner le commandement en chef à Barras, à lui le commandement en second, qui devait lui donner l'autorité principale. En réalité, c'est lui qui prend toutes les initiatives et qui, dans son récit, apparaît déjà comme un sauveur. Or M. Zivy établit très bien que tout cela est un pur roman. Le général Bonaparte était à cette époque sur le pa\'é de Paris, en disponibilité comme bien d'autres officiers, la plupart suspects comme lui de jacobinisme. Au moment ou la prise d'armes des sections menaça la Convention, celle-ci fit appel aux généraux cc destitués ». Ils accoururent aussitôt, raconte Réal, et furent sur le champ v<::rsésdans l'armée de Paris, sous les ordres de Barras, nommé d'une voix presque unanime général en chef. C'est ainsi que Loison, Dupont, Brune, Vachat, Carteaux, Vézu et Bonaparte coopérèrent à la répression de l'émeute. Le décret de réintégration de Bonaparte ne diffère pas de celui concernant Loison, Carteaux, etc. cc Les comités de salut public et de sûreté générale arrêtent que le général Bonaparte sera employé dans-l'armée de l'intérieur. sous les ordres du représentant du peuple Barras, général en chef de cette armée. » Et c'est tout. Sa harangue au comité de salut public, les conditions qu'il pose, sa nomination de commandant en second, tout cela, l'empereur l'a imaginé plus tard de toutes pièces, quand il posait pour la postérité. D'ailleurs, il existe a~x archives un récit manuscrit du général Bonaparte qui dément entièrement le roman composé à Sainte-Hélène. Dans ce manuscrit, il attribue à Barras toutes les initiatives prises dans la journée. Il prétend bien qu'il fut nommé commandant en second, mais c'était pour justifier après coup la façon étrange dont il avait été investi de cet emploi. Barras avait connu Bonaparte au siège de Toulon. De plus, à cette époque, Fréron, tout puissant au sein des comités, aspirait à la main de Pauline Bonaparte. Est-ce Fréron qui a sollicité auprès de Barras la nomination de son futur beau-frère à l'emploi de commandant en second? L'initiative vint-elle de Barras? M. Zivy croit que le I 3 vendémiaire Barras et Bonaparte cclièrent partie»; selon son expression. C'est là une pure hypothèse que rien ne justifie. Le général était alors un trop mince personnage, pour que Barras, \ jouissant d'une influence prépondérante sur la Convention, crût avoir besoin de lui. Mais Fréron le pistonnait, comme on dirait aujourd'hui à l'état-major; Barras l'avait connu dix-huit mois avant, au siège de Toulon. Il y eut, non entente ent_rè deux cc compères », mais simplement acte d'obligeance de Bàrras envers Eréron et Bonaparte. ccJe lui ai donné, après coup, dit ce dernier dans ses Mémoires, le titre de chef d'état-major pour lui assurer le com-

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