59o LA REVUE SOCIALISTE ils acquirent tant de pouvoir qu'on ne pouvait être évêque sans être moine. » La seconde preuve que les moines n'ont été pour rien dans la réhabilitation du travail, c'est que, dès qu'en Occident ils furent mis a l'abri du besoin par les bénéfices et privilèges que les rois leur accordcrent, ils tombèrent dans l'oisiveté et dans les mê1bes vices et défauts que les moines d'Orient. VII Ici se présente une grosse question : Comment se fait-il que le travail, réhabilité par les Barbares, soit retombé chez leurs descendants dans le mépris où il est depuis si longtemps et ou nous le voyons encore aujourd'hui? Nous ne pouvons faire en quelques pages un traité complet d'hi~- toire économique de la France : nous devons cependant montrer en quelques mots que, si ce n'est pas le christianisme qui a remis le travail en honneur, c'est bien lui qui l'a fait retomber dans le mépris d'ou les Barbares l'avaient retiré. Le principe fondamental de la doctrine originel, en conséquence duquel le travail comme une punition, un châtiment. chrétienne est le péché est présenté aux fidèles Or, il est tout a fait humain de chercher a se soustraire, autant que possible, a la peine, lors même qu'on l'a méritée. Cette inclination devient encore plus forte, irrésistible, lorsqu'on voit les ministres du ct1lte, ceux qui se posent en modèles a imiter, fuir le travail de tout leur pouvoir, comme l'ont toujours fait les prêtres chrétiens, semblables, a cet égard, aux prêtres de tous les cultes. D'autre part, si les Barbares ont vaincu les Romains, ils ne les ont pas exterminés; au contraire, nous avons vu qu'ils les ont ménagés autant qu'ils ont pu. Apres les invasions, l'esprit romain, esprit de paresse, de parasitisme, - pauem et circeuses - de rapine, de privilège, recepé, mais non déraciné par les Barbares, devait repousser de nouvelles branches. Comme l'a observé A. Thierry, cet esprit conservait dans la personne des évêques, qui en avaient été nourris, des représentants influents et tenaces, qui travaillèrent avec ardeur et persévérance au rétablissement de l'ancien régime. C'est par l'intermédiaire des chrétiens que l'esprit romain a progressivement repris le dessus sur l'esprit barbare et que la corruption et la décadence se sont manifestées de nouveau et ont fait des progrès qui durent encore.
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