La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

L 1 ÉGLISE ET LE TRAVAIL N'est-il pas absurde de supposer que les Barbares auraient dévasté des pays où ils venaient s'établir? Aussi ne l'ont-ils pas fait et trouvet-on, au lendem:iin des invasions, les choses dans le même état que la veille, sauf les dégâts qu'avaient faits les Romains eux-mêmes. Une fois établis dans l'empire romain, les Barbares ont aussitot repris leur genre de vie accoutumé. Comme nous l'avons vu tout à l'heure, les Bourguignons étaient satisfaits de gagner leur vie par l'exercice d'un métier quelconque; les Lombards n'admettaient pas de distinction de castes, ni même de classes; les hommes des métiers les plus, humbles pouvaient arriver aux plus hautes fonctions s'ils en étaient capables. Une foule d'exemples nous prouvent que ces usages restèrent en vigueur. Nous voyons, en effet, le marchand français Samon parvenir au trône de Hongrie; l'orfèvre saint Éloi devenir évêque et ministre des finances de Dagobert. Les Acles desSaints racontent de Sévère, tisserand de Ravenne, que le suffrage du clergé et du peuple vint le chercher dans son atelier où il travaillait avec sa femme et sa fille, pour le faire asseoir dans la chaire épiscopale. Une preuv-;;-encore plus palpable que le travail manuel n'avait alors rien d'avilissant, c'est qu'on voit des seigneurs, des rois même, épouser des filles du peuple; Chilpéric épouse Frédégonde, femme de chambre; Cherebert, Mérofleùe, fille d'un ouvrier en laine et Théodegilde, fille d'un pâtre; Dagobert, Nantilde, nonesse de son métier. Il n'y avait donc pas besoin des moines pour ranimer le goût et l'amour du travail et pour relever l'agriculture, l'industrie, le commerce dans la France du Moyen-Age. Il y avait des moines avant les invasions, qu'ont-ils fait?... li y en a eu après, qu'ont-ils fait? Si les moines ont travaillé en Occident, ils y étaient obligés comme les laïcs s'ils voulaient vivre; ce n'est pas en tant que chrétiens ni en tant que moines qu'ils se sont livrés au travail, c'est en tant que fils de barbares. Il y a de ceci une double preuve : La première est que les moines d'Orient n'imitèrent jamais les moines d'Occident, quoique professant la même religion et étant soumis, par hypothèse, à la même discipline; les moines d;Orient se bornèrent, comme ils l'avaient toujours fait, à la vie oisive, passive, à la prière, à la contemplation, et plus souYent encore à l'intrigue. « Lt$ moines d'Orient, dit l'abbé Millot (Histoil-e romai11e), serépandaient dans les villes, intriguaient, sollicitaient, cabalaient, voulaient se mêler de tout, affaires ecclésiastiques et affaires civiles; et leur zèle fan-atique se signalait souvent par des violences intolérables. Cc fut la principale cause des troubles de l'Orient, où les moines parvinrent à gouverner les peuples, à dominer même dans les éours, où -

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