La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

586 LA REVUE SOCIALISTE bat, croyo.nt qu'il serait aussi peu conforme à la raison qu'à la coutume du pays d'exposer l'État pour un intérêt particulier, au péril d'une bataille. En même temps ils rompent leurs rangs et quittent leurs armes; et, sans faire de garde, sans poser de sentinelles, ils passent librement sur les terres les uns des autres, tant ces peuples ont d'amour pour la justice et pour leur patrie, et tant les princes apportent de condescendance et de douceur dans les occasions où ils le jugent nécessaire .... Les Allemans gardent la même forme Je gouvernement que les Francs, mais ils ne font pas profession de la même religion. » (HistoiredeJustinien, liv. I, ch. II et m.) « Les mœurs et coutumes des Bourguignons ne différaient pas sensiblement de celles des Francs et des Allemans. Ils aimaient la paix et traitaient les Gallo-Romains de leurs États avec douceur, sans leur faire de tort, non comme des peuples conquis, mais comme des frères en Jésus-Christ. Ils honoraient le traYail, comme il le mérite; ils étaient presque tous artisans et fort s:ltisfaits de gagner leur Yie par le travail >> ( r). Les Lombards étaient dans le même cas. << Ils honoraient, dit Ozanam, l'industrie et le commerce au point d'élever à toutes les dignités les ouvriers de la dernière classe, et jusqu'aux gens des plus vils métiers, tous ceux qu'ailleurs on repousse comme des lépreux, qu'on écarte des études honnêtes et des arts libéraux >> (2) . .... V Ces faits, et beaucoup d'autres que nous pourrions rapporter si nous ne craignions de làsser la patience des lecteurs, expliquent la réhabilitation du travail et la résurrection sociale qui en fut la suite au Moyen-Age, que le Catéchismesocial signale, mais dont il donne une interprétatio,1 tout à fait fautive en l'attribuant au christianisme, et plus particulièrement au monachisme. « Le monachisme, dit le pape, se consacrant de propos délibéré au travail et spécialement à l'agriculture, prit ainsi son poste dans la société et concourut glorieusement au commun bien-être. Aujourd'hui, à treize siècles de date de cette grande institution, nous, pleins d'orgueil pour nos industries et leurs progrès, 'nous paraissons oublier le temps de sa naissance première, le nombre de ses inappréciables bienfaits et de combien la civilisation lui est redevable. Quelles actions (r) Histoire littéraire de la France, par les Bénédictins, t. II, p. 26. (2) OZANAM. L'E11seig1u111ea1u1tMoym-Age, p. 72.

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