L'ÉGLISE ET LE TRAVAIL de grâce ne sont-elles pas dues à ces pauvres moines qui donncrent une si active impufsion aux choses qui ont rendu la vie aisée et prospère? .... Ces saints hommes que la discipline de l'Église soumettait au mêm~ règlement; vivaient au temps des invasions barbares, quand l'amour du travail était loin de passionner aucun homme, alors que quiconque se sentant le bras robuste ne croyait pas mieux l'employer qu'au service de quelque rapace aventurier, propre à mener carnages et ruines. Et ce fut sur ces entrefaites iniques que de tels hommes se répandirent dans l'Europe, comme dans un désert, pou.r changer ses terres désolées en autant de jardins à admirable culture. Transportonsnous par la pensée vers ces temps anciens et considérons, pour l'exemple qu'ils nous donnent, ces hommes qui, contents d'une bure grossière et d'une nourriture à peine suffisante pour ne point mourir de faim, faisaient trève à la prière même pour s'en aller aux champs et, _ tantôt y ouvrir à la charrue assez de sillons pour suffire à la vie des pauvres, des pèlerins, du pays tout entier, tantôt, à grands efforts de bras, y tracer des chemins et y bâtir des ponts pour faciliter les communications de pays à pays et donner plus de sécurité aux transactions commerciales .... Si donc le travail est la source de la richesse et si la richesse publique est une preuve de civilisation au ~int de vue des biens1 physiques et matériels par lesquels l'homme perfectionne son état naturel, on ne peut mettre en doute les droits qu'a historiquement l'Église à la reconnaissance publique. Il faut aussi affirmer qu'une lutte engagée contre l'Église, au nom et dans les intérêts de la civilisation, serait aussi déraisonnable qu'injuste. » Ainsi, le pape suppose que les Francs avaient détruit l'agricul- •ture, l'industri~,.Je commerce, les routes, les ponts; qu'ils ne rêvaient que guerres, batailles, rapines, qu'ils n'étaient occ't1pés que de pillage - pillage de quoi, si personne n'avait travaillé? - et qu'ils ne vivaient que de brigandage; que le peuple ne pouvait, ne voulait, ne savait travailler, et enfin que, fort heureusement, les moines se sont trouvés la, comme par un coup de la divine providence, pour rétablir l'industrie, le commerce, les ponts, les routes. Que valent toutes ces assertions ? Il serait très suprenant, miraculeux même, que des hommes -du caractère des Francs et des autres envahisseurs, tels que nou:; venons de les voir représentés, eussent changé de goûts et de coutumes du jour au lendemain : miroirs de sagesse, de douceur et de laboriosité à la veille et àu jour des invasions, modèles de désordre aussitôt après. Pour admettrè la réalité d'un fait aussi extraordinaire,· il faudrait en avoir des preuves bien positives. Mais on n'en donne aucune, et / nou~ pouvons ajouter qu'on serait fort embarrassé d'en trouver, car il
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