La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

LA REVUE SOCIALISTE vons donc de suite au quatrième siècle, :'t l'époque oü Constantin fit du christianisme la religion officielle de l'empire romain. A partir de ce moment, le christianisme devient riche et puissant. Constantin donne les biens des prêtres du paganisme.aux évêques et les comble de faveurs ot de privilèges. Quel usage vont-ils en faire? La décadence romaine va-t-elle s'arrêter ou du moins se ralentir? Pas le moins du monde, au contraire. C'est lorsque le christianisme est devenu religion d'État, lorsque la lumière de l'Évangile éclaire le monde, qu'Eusèbe - un évêque - écrit: « L'envie, l'ambition, l'hJrpocrisie se glissèrent parmi nous, nous nous faisions la guerre, sinon par les armes, au moins par les discours et les écrits ; les pasteurs eux-mêmes se livraient :'t des querelles, à des haines les uns contre les autres et se disputaient les places de l'Église comme les principautés séculières.» « Les bêtes féroces, dit de son côté Ammien Marcellin, sont moins c-ruelles pour les hommes que le~ chrétiens ne le sont, dans leurs disputes, les uns pour les autres.» Dans ses invectives contre l'avarice et la corruption de l'Église chrctiennc, Salvien - un prêtre - l'apostrophe dans les termes ·suivants : « Tu as perdu ton détachement des richesses mondaines et ton amour des biens célestes .... Autant tu as gagné de peuples, autant tu as gagné de vices .... Plus tu as été riche par le nombre, plus tu as été pauvre en dévotion; a la fois plus grande et plus petite, en progrès et en dccadence. >> Au cinquième siècle, le christianisme était tombé dans un tel mépris aux yeux des gens honnêtes et sensés, que le même prêtre nous apprend qu'en Aquitaine, lorsqu'un noble se convertissait au christianisme, il ctait déshonoré, et qu'en Afrique, quand un moine quittait sa retraite et descendait dans les rues de Carthage, _le peuple le poursuivait de railleries et d'insultes. Si les Barbares n'étaient pas survenus, le christianisme se serait évidemment éteint avec l'empire romain qu'il soutenait et qui le soutenait, et l'Occident serait devenu un désert. Ce sont ces prétendus barbares qui ont infusé un sang nouveau dans les débris du monde romain e-t qui ont remis le travail en honneur. Comment, dira-t-on, les Barbares auraient-ils ramené l'amour du travail, eux qui l'avaient en aversion autant ou plus que les Romains? N'avons-nous pas vu plus haut que les Germains avaient pour le travail un mépris instinctif? Or,:tous les barbares leur ressemblaient :'t cet égard, comme :'t beaucoup d'autres. Avant de résoudre cette contradiction apparente, commençons par enregistrer les deux faits qui ressortent de la discussion précédente : 1 ° Le christianisme n'a rien fait pour régénérer la société, alors

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