I - L'ÉGLISE ET LE TRA\'AIL - suffit, pour le moment, que le fait sttivant soit bien établi : longtemps avant l'apparition du christianisme, le travail a été estimé et honoré chez les païens. en général et chez les Grecs en particulier. A Rome, il en a été comme en Grèce. Dans les premiers siccles de la République, le travail n'avait rien de dégradant, au contraire. Chacun sait que les Romains ont étc obliges de contraindre presque Numa Pompilius:\ accepter l:t royauté; qu'ils ont arraché Cincinnatus à la charrue pour le faire dictateur, etc. Ce n'est, ici encore, qu'à l'apogée de la puissance, qui fut aussi le début de la décadence, que nous voyons le travail méprisé et a\'ili. C'est alors que Ciccron a pu dire : « Tous ceux qui Yi\'cnt d'un travail mercenaire font un mctier dégradant, et jamais un sentiment noble ne peut naitre dans une boutique. » Et que Sénèque, s'indignant de ce qu'un de ses contemporains attribue aux philosophes l'invention des arts, ajoute : « Elle appartient aux plus vils escla,·es, la sagesse habite des lieux plus élevés .. » - I I I Le christianisme, Yenu au monde à l'époque de la décadence romaine, a-t-il été un principe <leréhabilition pour le tnrvail? A priori, cela ne parait pas probable. En effet, ni le genre de vie de son chef, ni son enseignement ne nous font prévoir cette réhabilitation. On nous assure que Jésus a travaillé avec son pére nourricier jusqu'à l'époque de son apostolat; mais on ne fournit aucun fait a l'appui. D'ailleurs, en fournirait-on que cela ne prouverait rien, puisque Jésus n'ayant pas eu de fortune, nous ne pourrions distinguer dans son travail la part de la nécessité et celle du choix. Dans la partie de sa ,·ie que nous connaissons, nous le voyons mener une Yieoisive, contemplative, insouciante, vagabonde, présentant à ses disciples pour idéal de la Yie le lis des champs, qui ne file ni ne tisse, et l'oiseau de l'air, qui ne sème ni ne plante. Nous ne youlons pas dire que ce genre de vie_soit mauvais : du moment que l'on s'en contente et que l'on ne met pas son prochain a contribution forcée, il n'y a rien a dire; du moins faut-il convenir q.u'un pareil exemple n'est pas fait pour propager l'amour du travail parmi ceux qui Yeulent s'y conformer. Mais appelons-en aux faits. C'est le meilleur critère. Nous négligerons les trois premiers siècles du christianisme, car on pourrait dire que s'il n'a pas alors réhabilité le travail, c'est qu'il n'était pas assez répandu et qu'il n'avait pas le pouvoir en main. Arri-
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