LA REVUE SOCIALISTE Éso_pedit encore que le travail est un trésor pour ïes hommes : Travaillez, prenez de la peine. Mais Hésiode est obligé de rappeler a ses contemporains que nul travail n'est honteux et qu'il n'y a que la paresse qui soit honteuse; ce qui implique que l'on commençait à dédaigner le travail manuel. Au temps de Solon, la distinction des travaux en nobles et vils paraît encore plus accentuée. En effet, il est déclaré dans les lois de ce législateur que personne ne pourra être méprisé à cause de sa profession, que tout travail est digne d'estime et qu'il n'y a d'ignominieux que de tomber dans la pauvreté par sa paresse. Quand on est réduit à légiférer sur cette matière, c'est un signe évident que le travail perd en considération. Cependant, les Sages de la Grèce continuent encore a préférer le traYail - au moins l'intellectuel - a l'oisiveté. On sait que plusieurs d'entre eux ont refusé les trônes qu'on leur offrait, ou ont renoncé a ceux auxquels ils avaient droit, pour devenir ou rester philosophes. • Bien différents de certains de nos Sorbonistes et de nos Normaliens, que nous élevons à grands frais pour qu'ils deviennent professeurs, et qui n'ont rien de plus pressé que de fuir la chaire pour courir après les candidatures administratives et législatives, après les ministères, les gouvernements de colonies et autres sinécures. Même au siècle des philosophes - qui ont succédé aux Sages - la ligne de demarcation entre les arts libéraux et les arts serviles n'était pas encore définitivement établie. Si les philosophes ne devenaient plus ouvriers, les ouvriers, les esclaves même devenaient encore philosophes; témoins : Socrate, Platon, Zénon, etc. Les généraux mêmes ne croyaient pas dér,oger en travaillant de leurs mains : Philopœmen fendait son bois, ce que rougirait de faire aujourd'hui le dernier de nos gratte-papier (1). Ce n'est donc qu'a l'aube de la décadence grecque, que le travail manuel est définitivement tombé en discrédit et que les arts ont été divisés en libéraux et serviles. Quelle est la relation d'effet à cause dans ce phénomène? Est-ce la décadence qui a engendre le mépris du travail, ou le mépris dans lequel le travail était tombé qui a causé la décadence? Cette question pourrait nous mener loin; mais il nous (r) M. Charles Bénard, qui a traité, dans la Revue Pbilosopbique d'août 1883, le problème de la division des arts, affirme que Socrate, dans les Mémoires de Xénophon, ne distingue pas les arts en libéraux et vils. La distinction commençait pourtant a s'établir, nous l'avons déjà vu, et Socrate lui-même cherche à réhabiliter les arts manuels qui, dit-il, n'ont rien de servile dès qu'ils contribuent à affranchir l'homme du besoin (Mém., II, 8). On trouve aussi cette division indiquéé dans les Éco110111iques de Xénophon; et dans les temps postérieurs la division alla s'accentuant.
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