La Revue socialiste - 1898 - Tome XXVIII- vol 02

580 LA REVUE SOCIALISTE A priori, cela ne paraît pas admissible. Comment, en effet, les hommes primitifs - s'ils avaient en une aversion instinctive pour le travail, si personne parmi eux n'avait voulu travailler - auraient-ils jamais pu sortir de l'état s,1uvage et former des groupes et des sociétcs ? Les uns auraient-ils contraint les autres au travail? Cela n'est pas plus croyable. Les travailleurs ne se seraient pas soumis à un régime contre nature sans une résistance obstinée, qui aurait rendu la condition des commandeurs bien pire et moins sûre que celle des travailleurs. Dans cette hypothèse, les hommes primitifs auraient eu plus de peine à commander qu'à travailler eux-mêmes et, comme de deux peines on choisit la moindre, ce sont les commandeurs qui auraient fait défaut aux travailleurs. Pour que le travail füt accepté à l'origine des sociétés, il a donc fallu qu'il fût profitable aux travailleurs autant sinon plus qu'aux commandeurs.· C'est par douceur et non par force, c'est par consentement mutuel et non par contrainte, que le travail est entré dans le monde. La distinction des divers travaux en inférieurs et supérieurs a été une division du traYail, au profit et du consentement de tous, et non l'imposition par les uns d'un travail forcé aux autres. Si la contrainte s'est introduite dans les rapports sociaux, ce n'a pu être que plus tard, bien plus tard. I I Lors, en effet, que l'on remonte aux origines humaines, on constate que le traYail a été partout tenu en haute estime et en grande considération. Les traditions et les histoires des temps très anciens nous apprennent que tous les fondateurs de sociétés ont été des travailleurs, qui ont enseigné à leurs peuples l'agriculture, l'industrie, le commerce, les arts, qui ont inventé et manié les premiers outils et instruments. Ce n'est pas parce qu'ils sont chefs qu'ils font ces choses, c'est parce qu'ils les font qu'on les prend pour chefs. Et non seulement on fait des plus habiles travailleurs, manuels on intellectuels, des rois, mais on en fait des dieux, tant le travail est en honneur et en estime chez les peuples vraiment primitifs. La plupart des dieux et demidieux· de la mythologie n'ont pas d'autre origine que celle-la. C'est ainsi que Osiris et Isis, au rapport de Diodore et de Plutarque, enseignèrent aux Égyptiens l'agriculture, la viticulture et les autres arts nécessaires à la vie, et qu'ils leur apprirent la fabrication et l'usage des outils et instruments divers, les beaux-arts, l'écriture, etc.

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